Rougequeue noir : reconnaître l’oiseau à queue rouge des toits

Le rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) est le petit oiseau gris sombre à queue rousse qui chante sur les toits, les cheminées et les murs des villages. Il mesure environ 14 cm et pèse 16 à 18 g. Le mâle est gris anthracite à noir avec une tache blanche sur l’aile, la femelle est gris-brun uniforme. Les deux agitent sans cesse leur queue orange. En France, il est présent toute l’année et intégralement protégé.
Un oiseau à queue rouge au jardin : lequel ?
Deux espèces de France portent une queue rousse qu’elles font trembler : le rougequeue noir et le rougequeue à front blanc. Le rouge-gorge, souvent cité à tort, a la poitrine orange et la queue brune. Pour trancher, regardez le contexte et la saison :
- Sur un toit, un mur, une carrière ou un tas de gravats, en hiver comme en été : presque toujours un rougequeue noir.
- Dans un verger, une haie arborée ou un parc boisé, à la belle saison : pensez au rougequeue à front blanc, migrateur qui passe l’hiver en Afrique sahélienne.
- Poitrine orange vif et front blanc : rougequeue à front blanc mâle.
- Poitrine noire ou grise, aile marquée de blanc : rougequeue noir mâle.
Notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin présente les autres espèces courantes, et la fiche sur le rouge-gorge au jardin détaille ce dernier.
Fiche d’identification du rougequeue noir
| Critère | Rougequeue noir |
|---|---|
| Nom scientifique | Phoenicurus ochruros, famille des Muscicapidés |
| Longueur | 14 à 15 cm |
| Envergure | 23 à 26 cm |
| Poids | 14 à 20 g selon les sources (16 à 18 g pour la LPO) |
| Mâle adulte | dessus gris anthracite, face, gorge et poitrine noires, panneau blanchâtre sur l’aile, croupion et queue orange |
| Femelle | gris-brun uniforme, sans tache alaire, même queue rousse |
| Juvénile | comme la femelle mais plus sombre, commissures du bec jaunes au début |
| Bec et pattes | noirs |
| Longévité | âge moyen 2,4 ans, maximum connu environ 10 ans |
| Statut | intégralement protégé en France, « préoccupation mineure » sur la liste rouge UICN France |
Mâle, femelle et juvénile
En France niche la sous-espèce gibraltariensis. Le mâle adulte paraît tout noir de loin. De près, le dessus est gris anthracite, et seul l’avant du corps est noir : front, joues, gorge et poitrine. Les bordures blanches des rémiges dessinent une tache claire sur l’aile fermée. L’œil sombre se perd dans le noir de la face. Le plumage complet n’apparaît qu’à deux ans : les mâles d’un an sont plus gris, souvent sans tache alaire, et ressemblent aux femelles alors qu’ils se reproduisent déjà.

La femelle du rougequeue noir est gris souris, teintée de brun sur les joues, avec les ailes plus sombres et sans zone pâle. Son dessous est gris-beige, sa poitrine parfois légèrement striée, ses sous-caudales orange pâle. Sa queue est identique à celle du mâle. Le juvénile ressemble à la femelle en plus sombre. À la sortie du nid, les commissures jaunes du bec trahissent son âge. Un « bébé » rougequeue posé au sol, déjà emplumé, est le plus souvent un jeune envolé que ses parents continuent de nourrir : il vaut mieux le laisser sur place.
Rougequeue noir ou rougequeue à front blanc ?

Le rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) a la même queue rousse et le même tremblement, mais diffère par le plumage, l’habitat et le calendrier. La photo ci-dessus montre un mâle : bandeau blanc au front, gorge noire, poitrine orange.
| Critère | Rougequeue noir | Rougequeue à front blanc |
|---|---|---|
| Poitrine du mâle | noire à gris sombre | roux-orange vif |
| Front du mâle | noir | bandeau blanc |
| Aile du mâle | panneau blanchâtre | brune, sans tache |
| Femelle | gris-brun, nuance grise | brun-beige, dessous fauve pâle, cercle oculaire clair |
| Habitat | bâti, rochers, milieux dégagés | vergers, parcs arborés, lisières |
| Présence en France | toute l’année | nicheur migrateur, hiverne au Sahel |
| Liste rouge France 2016 | préoccupation mineure | préoccupation mineure |
Selon oiseaux.net, le rougequeue noir disparaît dès que les arbres et arbustes couvrent environ 25 % du terrain. Le rougequeue à front blanc prend alors le relais. Chez les femelles, la nuance grise du plumage reste le meilleur critère pour reconnaître le rougequeue noir.
Chant, cris et bruits du rougequeue noir
Le chant est une phrase courte en deux parties. Elle commence par un grincement retenu qui rappelle le bruit d’un papier froissé, puis enchaîne une note répétée rapidement, « tu tu tu tu tu ». Le mâle chante perché en évidence sur le faîte d’un toit ou sur un rocher, souvent avant le lever du soleil, puis tout au long du jour en début de saison. Sa voix porte assez pour percer le bruit d’une ville.
- Cri d’inquiétude : un « sit » incisif, répété d’autant plus vite que l’oiseau est inquiet.
- Cri d’alarme : un « tec » répété par séries de 3 ou 4, qui peut durer plusieurs minutes près du nid.
- Cri du jeune : un « tsi kr » sec à deux syllabes, pour réclamer la nourriture.
Un « tec » insistant qui part d’un toit au printemps signale souvent un nid tout proche. Les enregistrements de xeno-canto permettent de comparer le chant grinçant du rougequeue noir avec la phrase plus mélodieuse du rougequeue à front blanc.
Où vit le rougequeue noir ?
À l’origine, le rougequeue noir habite les falaises, les éboulis et les versants rocheux de montagne, où il reste commun. Il niche aujourd’hui dans les villes et les villages, car les bâtiments lui offrent les mêmes anfractuosités que les rochers. Il lui faut aussi des espaces dégagés à sol nu ou peu végétalisé pour chasser : cours, toitures, friches, carrières, terres agricoles, rivages. En France, il est présent partout. En hiver, il est plus commun dans le sud et l’ouest. Les oiseaux d’Europe occidentale sont en majorité sédentaires, tandis que ceux du nord et de l’est de l’Europe migrent vers le bassin méditerranéen. Dans le nord de la France, il reste quelques hivernants, souvent installés sur un vieux clocher, et le gros des nicheurs revient en mars.
Que mange le rougequeue noir ?
Il est surtout insectivore. Il mange des insectes et leurs larves, des araignées, des mille-pattes, de petits mollusques et de petits vers de terre. En bord de mer, il peut prendre de petits crustacés. Il chasse à l’affût depuis un perchoir dominant (piquet, fil, rebord de toit), fond sur la proie au sol, puis remonte. Il sait aussi saisir un insecte posé sur un mur en vol stationnaire. À l’automne et en hiver, il complète avec des baies cueillies directement sur les arbustes. Les graines ne comptent presque pas dans son régime : les mangeoires à graines ne l’attirent donc guère. Un jardin sans pesticides, avec des zones de sol nu, des pierres et une végétation spontanée, lui offre davantage de proies. Nos conseils pour nourrir les oiseaux du jardin en hiver précisent quels aliments conviennent aux insectivores.
Le nid du rougequeue noir et le nichoir semi-ouvert
La nidification est semi-cavernicole : le nid est ouvert mais protégé par un surplomb. Sur une maison, il est souvent construit sous le toit, en haut d’un mur, sur une poutre ou derrière une gouttière. La femelle bâtit une coupe assez lâche d’herbes, de paille, de mousse et de feuilles, tapissée de poils et de plumes. Elle y pond 4 à 6 œufs blancs qu’elle couve seule environ 13 jours. Les jeunes restent une quinzaine de jours au nid, puis sont encore nourris 2 à 3 semaines après l’envol. Le couple mène deux, parfois trois couvées par an, d’avril à juillet, et revient souvent nicher au même endroit.
Vous pouvez l’aider avec un nichoir semi-ouvert, du type de celui du rouge-gorge, fixé sous un avant-toit ou sur une poutre de grange, à l’abri du soleil direct et hors de portée des chats. Le site renature.brussels indique aussi un modèle d’environ 20 × 20 × 30 cm avec une ouverture ovale de 3 à 4,7 cm. Les règles de pose sont dans notre guide pour choisir et installer un nichoir.
Questions fréquentes
Le rougequeue noir est-il rare ?
Non. Il est commun dans toute la France et classé en « préoccupation mineure » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (2016), avec des effectifs jugés stables. Il peut toutefois reculer localement : à Bruxelles, ses effectifs ont baissé de 57 % entre 1992 et 2022 selon renature.brussels.
Le rougequeue noir est-il dangereux ?
Non, il ne présente aucun danger pour l’homme, les animaux domestiques ou les plantes. Il se nourrit d’insectes, d’araignées et de baies. Près de son nid, il lance des cris d’alarme répétés et peut sembler agité, mais il n’attaque pas. Il est protégé : son nid ne doit pas être détruit.
Quel est l’autre nom du rougequeue noir ?
On rencontre souvent l’orthographe « rouge-queue noir », en deux mots. Son nom scientifique est Phoenicurus ochruros et son nom anglais Black Redstart. Le surnom ancien de « rossignol des murailles » désigne en revanche son cousin, le rougequeue à front blanc, à cause de sa rousseur et de son chant agréable.
Le rougequeue noir reste-t-il en hiver ?
Oui, en grande partie. Les rougequeues noirs d’Europe de l’Ouest sont surtout sédentaires et l’espèce se voit toute l’année en France, plus souvent dans le sud et l’ouest en hiver. Les oiseaux nordiques descendent vers la Méditerranée. Dans le nord du pays, les nicheurs reviennent en nombre en mars.
Comment reconnaître la femelle du rougequeue noir ?
Elle est gris-brun uniforme, sans noir ni tache blanche sur l’aile, avec la queue et le croupion orange du mâle. La femelle du rougequeue à front blanc est plus brun-beige, avec un dessous fauve et un cercle clair autour de l’œil. Les jeunes mâles d’un an, grisâtres, peuvent ressembler à des femelles.
Sources
- LPO, fiche Rougequeue noir
- Oiseaux.net, Rougequeue noir et Rougequeue à front blanc
- Observatoire des oiseaux des jardins (LPO, MNHN), fiche espèce Rougequeue noir
- renature.brussels, Rougequeue noir (cycle, nichoir, déclin à Bruxelles)
- UICN France, MNHN, LPO, liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (2016)
- Légifrance, arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés
- xeno-canto, enregistrements de Phoenicurus ochruros