Oiseaux du jardin

Grive mauvis : identification, migration et cri

Julie Panier12 mars 20269 min
Grive mauvis posée sur un rocher moussu, sourcil blanc et flancs roux bien visibles

La grive mauvis (Turdus iliacus) est la plus petite grive d’Europe : 20 à 24 cm pour 55 à 75 g. Elle se reconnaît à son long sourcil blanc crème et à ses flancs roux-orange vif, absents chez la grive musicienne. Elle niche en Scandinavie, en Islande et en Russie, et n’est présente en France qu’en hiver, d’octobre à mars, dans les haies, les prairies, les parcs et les jardins. En France, c’est une espèce chassable.

Reconnaître la grive mauvis

Le dessin de la tête est le plus contrasté de toutes les grives. Un sourcil crème à blanc court du bec jusqu’à la nuque, au-dessus de joues brun sombre. Sous la joue, un trait blanc sépare celle-ci d’un trait noirâtre qui borde la gorge blanche. Le bec est noir avec la base de la mandibule inférieure jaune. Les parties inférieures sont blanches, couvertes de taches sombres en pointe de flèche qui s’alignent en lignes longitudinales. Les flancs et le dessous des ailes sont d’un roux-orange vif, bien visible en vol comme posé : c’est la marque de l’espèce.

CritèreGrive mauvis
Longueur20 à 24 cm
Envergure33 à 34,5 cm
Poids55 à 75 g
Mâle et femelleplumage identique : sourcil blanc crème, flancs roux-orange, dessous blanc strié
Juvéniledos, scapulaires et couvertures ponctués de chamois, roux des flancs plus discret
Premier hivergrandes couvertures et tertiaires terminées de blanc
Longévitéâge moyen de 3,5 ans
Statut en Francehivernante, liste rouge : préoccupation mineure (LC) ; espèce chassable
Statut mondialquasi menacée (NT) selon BirdLife International

Grive mauvis femelle et jeune

La grive mauvis femelle ne se distingue pas du mâle sur le terrain : les deux sexes portent le même plumage toute l’année. La différence visible concerne l’âge. Le juvénile, observé seulement sur les zones de nidification du nord, a le dessus moucheté de chamois et un roux des flancs plus terne. En hiver en France, vous verrez surtout des adultes et des oiseaux de premier hiver, reconnaissables aux petites pointes blanches au bout des grandes couvertures et des tertiaires. Il existe deux sous-espèces : iliacus, qui niche de l’Écosse à la Sibérie, et coburni, qui niche en Islande, aux Féroé et très localement au Groenland.

Grive mauvis ou musicienne : comment les distinguer ?

La confusion la plus fréquente concerne la grive musicienne, de taille et d’allure très proches. Regardez la tête : la musicienne a une face peu marquée, sans sourcil net, alors que la mauvis montre un sourcil blanc qui se voit de loin. Regardez ensuite les flancs : jaunâtres et ponctués chez la musicienne, roux-orange chez la mauvis. En hiver, la mauvis forme des bandes, alors que la musicienne reste plus solitaire. Le tableau ci-dessous compare les quatre grives régulières en France.

EspèceTailleCritères principauxPrésence en France
Grive mauvis20 à 24 cmsourcil blanc, flancs et dessous des ailes roux-orangehivernante et migratrice
Grive musicienne20 à 23 cmface peu marquée, dessous chamois couvert de petites tachesnicheuse, migratrice et hivernante
Grive litorne24 à 28 cmtête et croupion gris, dos brun-roux, cri « tchak tchak »surtout hivernante, nicheuse dans l’est
Grive draine27 à 28 cmla plus grande, gris-brun pâle, grosses taches rondes, dessous des ailes blancnicheuse et hivernante
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Avec la litorne, la mauvis est la grive la plus grégaire de l’hiver : les deux espèces se mêlent souvent dans les mêmes champs et les mêmes haies, avec des draines, en troupes qui dépassent parfois 200 individus.

Migration de la grive mauvis

La grive mauvis est une migratrice totale. Elle niche dans la taïga et la toundra boisée, des îles de l’Atlantique Nord à la Sibérie orientale, puis passe l’hiver en Europe de l’Ouest, autour de la Méditerranée et de la mer Noire. Selon la LPO, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni accueillent l’essentiel des hivernants. Les premières arrivent en France vers octobre et repartent en mars. L’Atlas des oiseaux de France métropolitaine estime l’effectif hivernant français entre 500 000 et 1 million d’oiseaux.

La grive mauvis migration se fait de nuit, en groupes. Par les nuits d’octobre, même en ville, vous pouvez entendre passer au-dessus des toits leur cri de contact, un « siiii » fin et prolongé. Les effectifs changent beaucoup d’un hiver à l’autre, car la mauvis n’est pas fidèle à ses sites d’hivernage. Lors des vagues de froid, des mouvements massifs se produisent vers le sud et l’ouest, et c’est à ce moment que les grives mauvis apparaissent dans les jardins, les pelouses urbaines et autour des arbustes à baies.

Chant et cris

Le cri de la grive mauvis le plus connu est ce sifflement aigu « siiii », légèrement impur, émis en vol pour garder le contact entre les oiseaux de la bande. Elle pousse aussi un « gak » nasal, et un cri d’alarme fait d’une série de « trrè-trrè-trrè » rudes et secs, que vous entendrez quand une troupe se lève d’un champ.

Le chant de la grive mauvis varie selon les individus mais garde la même structure : de courtes strophes séparées par de longues pauses de 3 à 6 secondes. Chaque strophe commence par quelques notes flûtées sonores, transcrites « truui truui truui », suivies d’un gazouillis grinçant et doux. Le chant complet s’entend surtout sur les sites de nidification. En France, vous l’entendrez en fin d’hiver et lors des haltes de migration de printemps, quand des mâles réunis dans un même bosquet chantent en chœur. Les enregistrements de xeno-canto, cités en sources, permettent de comparer cri de vol, alarme et chant.

Alimentation : vers, baies et fruits tombés

La grive mauvis a un régime mixte. Au sol, dans les prairies, les pâtures et les pelouses, elle cherche des vers de terre, des limaces, de petits escargots, des insectes et des araignées. Quand le sol gèle, elle se rabat sur les fruits encore accrochés ou tombés : aubépine, lierre, houx, sureau, ronces, cornouiller, pommes. La LPO note qu’une bande peut dépouiller un houx entier de ses baies en quelques heures, et que l’espèce apprécie les fruits très mûrs, voire abîmés. Ce régime explique sa présence dans les vergers et les jardins pendant les hivers rigoureux. Elle cherche sa nourriture le matin, seule ou en groupe, puis les bandes regagnent un dortoir en fin de journée.

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Reproduction dans le nord de l’Europe

La grive mauvis ne niche pas en France. Sur ses sites de reproduction, les forêts de conifères et de bouleaux, les saulaies et les rives boisées, la saison s’étend d’avril à fin juillet. Le nid est posé à faible hauteur dans un arbre, un buisson ou une souche, et parfois au sol dans l’extrême nord où les arbres manquent. C’est une coupe d’herbes, de mousse et de radicelles, consolidée à la boue. La femelle y pond 4 à 6 œufs bleutés tachés de roux, qu’elle couve seule pendant 12 à 14 jours. Les deux parents nourrissent les poussins, qui quittent le nid vers 14 jours. Il y a généralement deux couvées, sauf dans les régions les plus nordiques et en montagne.

Statut, chasse et menaces

En France, la grive mauvis figure parmi les espèces chassables. La liste rouge nationale la classe en préoccupation mineure comme hivernante. Au niveau mondial, BirdLife International l’a classée quasi menacée par précaution, en raison des déclins observés en Europe. La LPO, citant l’Atlas national, indique une baisse d’environ 45 % de la population hivernante française entre 2000 et 2014. Les causes avancées sont :

  • l’intoxication par les pesticides présents dans les champs où elle se nourrit ;
  • les changements climatiques, qui affectent la survie sur les sites de reproduction ;
  • la pression de chasse, l’espèce étant prélevée avec les autres grives, surtout en Provence et dans le Sud-Ouest.

Accueillir la grive mauvis au jardin

La mauvis vient rarement aux mangeoires suspendues, car elle se nourrit au sol et dans les arbustes. Pour l’attirer, plantez des haies d’essences locales à baies d’hiver : houx, lierre laissé en fructification, aubépine, sureau, cornouiller. Laissez au pied des arbres quelques pommes abîmées pendant les gelées, et gardez une partie de pelouse non traitée où elle trouvera des vers. Ces gestes servent aussi au merle noir et aux autres grives. Nos conseils pour nourrir les oiseaux du jardin en hiver détaillent les aliments à proposer au sol, et notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin présente les espèces avec lesquelles elle partage ces ressources.

Questions fréquentes sur la grive mauvis

Quelle est la différence entre la grive litorne et la grive mauvis ?

La litorne est plus grande (24 à 28 cm) et se reconnaît à sa tête et son croupion gris, à son dos brun-roux et à son cri « tchak tchak ». La mauvis est plus petite, brune dessus, avec un sourcil blanc et des flancs roux-orange. Les deux espèces hivernent souvent ensemble dans les mêmes champs.

Où migrent les grives mauvis ?

Elles quittent la Scandinavie, la Russie et l’Islande à l’automne pour hiverner en Europe de l’Ouest et du Sud, surtout en France, en Espagne et au Royaume-Uni, ainsi qu’autour de la Méditerranée et de la mer Noire. Elles voyagent de nuit, en bandes, et repartent vers le nord en mars.

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Quelle est la plus grosse des grives ?

En France, c’est la grive draine : 27 à 28 cm de long, 42 à 47,5 cm d’envergure et 110 à 140 g. La grive mauvis est à l’opposé la plus petite des quatre grives régulières, avec 20 à 24 cm et 55 à 75 g, à peine plus légère que la grive musicienne.

Quelle est la taille d’une grive mauvis ?

Elle mesure 20 à 24 cm du bec à la queue, pour une envergure de 33 à 34,5 cm et un poids de 55 à 75 g. Sa taille est comparable à celle de la grive musicienne, mais plus petite que celle d’un merle noir, avec une silhouette compacte et une queue assez courte.

Peut-on voir la grive mauvis en été en France ?

Non. L’espèce ne se reproduit pas en France : elle arrive vers octobre et repart en mars, après une période de chant en halte migratoire. Une grive tachetée qui chante dans votre jardin en mai ou en juin est une grive musicienne ou une grive draine.

Sources

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