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Tourterelle turque : identification, chant, nid et statut

Julie Panier18 octobre 202612 min
Tourterelle turque adulte posée sur une branche, demi-collier noir et œil rouge bien visibles

La tourterelle turque (Streptopelia decaocto) est la tourterelle beige à demi-collier noir que vous voyez toute l’année dans les jardins, sur les toits et les fils électriques. Elle mesure 31 à 34 cm, se reconnaît à son chant en trois syllabes « kou-kouh-kou » répété toute la journée, et ne migre pas. Arrivée en France vers 1950, elle niche aujourd’hui presque partout près des habitations.

Comment reconnaître une tourterelle turque

C’est un petit pigeon élancé, plus fin et plus clair que le pigeon des villes. Le dessus est brun-chamois clair, uniforme de loin, le dessous sable clair. Le critère décisif est le demi-collier noir sur l’arrière et les côtés du cou, parfois liseré de blanc. De près, l’iris est rouge sang, entouré d’un cercle blanc, le bec noir et les pattes rosées. En période nuptiale, la tête, le cou et la poitrine prennent une teinte rosée.

En vol, regardez la queue : assez longue, elle est noire à la base et largement blanche à l’extrémité, sauf les deux plumes centrales. Le dessous des ailes est clair et les rémiges brun sombre contrastent avec le reste de l’aile. Ses ailes courtes et arrondies et sa longue queue lui donnent une silhouette qui peut évoquer un épervier quand elle surgit au ras d’une haie, ce qui fait parfois fuir les petits passereaux d’une mangeoire.

CritèreTourterelle turque
Nom scientifiqueStreptopelia decaocto, famille des Columbidés
Longueur31 à 34 cm
Envergure48 à 56 cm
Poids150 à 225 g
Plumage adulte (mâle et femelle)Beige rosé à brun-chamois, demi-collier noir, queue noire et blanche dessous
JuvénileSans demi-collier, plumes du dos bordées de chamois, iris brun
ŒilIris rouge sang cerclé de blanc (adulte)
LongévitéÂge moyen d’environ 3,5 ans ; record connu proche de 18 ans
ComportementSédentaire, souvent en couple, en petits groupes en hiver
Liste rouge France (nicheurs, 2016)Préoccupation mineure (LC)
Statut légalEspèce de gibier, chassable (arrêté du 26 juin 1987)

Tourterelle turque mâle ou femelle : comment les distinguer

Le mâle et la femelle portent le même plumage. Sur le terrain, aucun critère de couleur fiable ne permet de les séparer : les teintes rosées de la saison des amours s’observent sur les deux sexes. Le seul moyen pratique est le comportement. C’est le mâle qui roucoule pour attirer la femelle, qui fait des courbettes devant elle et qui exécute le vol nuptial. Il monte d’un perchoir en claquant bruyamment des ailes, puis redescend en vol plané, ailes et queue déployées, en lançant son cri nasillard.

Pendant la construction du nid, les rôles se séparent aussi : le mâle apporte les brindilles et la femelle les assemble en plate-forme. Les couples sont stables et beaucoup restent ensemble toute l’année. Deux tourterelles côte à côte sur un fil qui se lissent mutuellement les plumes du cou forment presque toujours un couple, sans qu’il soit possible de dire laquelle est le mâle sans les voir parader.

Le juvénile et le bébé tourterelle turque

Le poussin naît nu et dépend entièrement de ses parents : l’espèce est nidicole. Les deux adultes le nourrissent avec du « lait de pigeon », une bouillie produite dans leur jabot. Le jeune quitte le nid vers 17 à 19 jours, vole bien à trois semaines et devient indépendant entre 30 et 40 jours.

Le juvénile se reconnaît à l’absence de demi-collier noir, à son iris brun et à ses plumes du dessus nettement bordées de chamois, qui donnent un aspect écailleux. Il garde ce plumage pendant deux à trois mois. Un jeune posé au sol, capable de voleter, n’a en général pas besoin d’aide : les parents continuent de le nourrir à proximité. Il peut se reproduire dès l’âge d’un an.

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Le chant de la tourterelle turque et ses autres bruits

Le chant est un roucoulement sonore en trois syllabes, souvent transcrit « kou-kouh-kou » : les deux premières notes sont identiques, la deuxième un peu traînée, la troisième séparée par un court silence et plus basse. Il est répété en série, parfois pendant de longues minutes, et s’entend en toute saison, y compris en hiver. Ce rythme régulier le fait parfois prendre pour un hibou, surtout à l’aube.

Deux autres sons trahissent sa présence :

  • le cri de vol, un gémissement nasillard qui monte puis descend, émis au moment de se poser ou pendant la parade ;
  • le claquement d’ailes du mâle au décollage, lors du vol nuptial et des poursuites entre rivaux.

Son nom scientifique y fait référence : decaocto vient du grec « dix-huit », une transcription traditionnelle du chant. Une légende grecque raconte qu’une servante mal payée, qui ne gagnait que dix-huit pièces, fut changée en oiseau condamné à répéter « dix-huit ». Pour l’écouter, la page de l’espèce sur xeno-canto réunit de nombreux enregistrements, dont beaucoup réalisés en France.

Où vit la tourterelle turque en France

Elle est liée à l’habitat humain plus qu’aucune autre tourterelle d’Europe. Vous la trouverez dans les villages, les jardins de banlieue, les parcs urbains, autour des fermes, des poulaillers et des silos à grain. Au Moyen-Orient, aucun nid n’a été trouvé à plus d’un kilomètre d’une maison. Elle évite la montagne et les grands massifs forestiers.

L’espèce est sédentaire : elle ne migre pas et reste toute l’année dans le même secteur. En hiver, elle se regroupe parfois en petites troupes là où la nourriture abonde. La population française a été estimée à environ 500 000 couples à la fin des années 1990. En Belgique, le recensement des oiseaux de jardin de Natagora la note dans environ la moitié des jardins participants, et elle figure aussi parmi les espèces suivies lors du comptage des oiseaux des jardins en France.

Une conquête de l’Europe en un siècle

La tourterelle turque est originaire du sous-continent indien (Inde, Sri Lanka, Myanmar). Au XXe siècle, elle a connu une expansion exceptionnelle vers l’ouest depuis l’Asie Mineure et les Balkans. Elle a atteint la Suisse en 1948, la France en 1950, la Belgique en 1952 et le Luxembourg en 1956. Le premier cas de nidification français a été constaté en 1952 dans les Vosges, puis l’espèce a gagné tout le pays, Corse comprise dès 1976.

Les causes de cette progression restent mal expliquées. Sa forte productivité y contribue : un couple peut enchaîner plusieurs nichées par an. En Amérique du Nord, l’histoire est différente. Quelques dizaines d’oiseaux relâchés aux Bahamas au milieu des années 1970 ont atteint la Floride en 1982, puis l’espèce s’est répandue sur la plus grande partie des États-Unis jusqu’au Canada.

Calendrier de la reproduction

La tourterelle turque niche surtout de mars à octobre, mais des nids sont signalés de février à novembre. Venue de régions aux saisons peu marquées, elle parade et construit parfois même en plein hiver. Un couple réalise en général deux ou trois couvées par an, parfois davantage, et pond parfois dans un nid que les jeunes de la nichée précédente n’ont pas encore quitté.

ÉtapePériode ou duréeDétail
Chant et paradesToute l’annéeRoucoulements, vols nuptiaux, courbettes
NidificationSurtout mars à octobre (février à novembre possible)Deux à trois couvées, parfois plus
Ponte2 œufsBlancs et lisses
Incubation14 à 18 joursPar les deux parents, la femelle couvant la nuit
Sortie du nid17 à 19 joursJeunes nourris au lait de pigeon
Indépendance30 à 40 joursPlumage juvénile pendant 2 à 3 mois
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Le nid est une plate-forme très sommaire de brindilles sèches, d’herbes et de racines, posée dans un arbre, un conifère, une haie dense, plus rarement sur un bâtiment : une gouttière, un balcon ou une poutre.

Alimentation : que mange la tourterelle turque au jardin

Elle est essentiellement granivore et cherche sa nourriture au sol. Les graines de céréales (blé, maïs concassé, sarrasin) et de plantes sauvages forment la base de son régime. Au printemps s’y ajoutent de jeunes pousses, des bourgeons et quelques petits insectes, en été quelques baies. Sa ration quotidienne est d’environ 20 g. Comme tous les pigeons, elle boit par aspiration, le bec plongé dans l’eau, sans relever la tête.

Au jardin, elle fréquente les mangeoires plateaux et ramasse les graines tombées sous les silos. Si vous souhaitez limiter sa présence au profit des petits passereaux, privilégiez des mangeoires suspendues à petits perchoirs et des graines de tournesol plutôt que des mélanges riches en blé. Les conseils pour bien nourrir les oiseaux du jardin en hiver s’appliquent : nourrissage modéré, propre, et arrêté au printemps.

Ne pas la confondre avec d’autres tourterelles et pigeons

Trois espèces posent la question à l’observateur débutant. Le critère du demi-collier règle la plupart des cas.

  • Tourterelle des bois (Streptopelia turtur) : un peu plus petite (25 à 28 cm, 120 à 150 g), dos écailleux brun roux à centre noir, tache rayée noire et blanche sur le côté du cou. Migratrice, présente en France de fin avril à début septembre, elle vit en lisière de bois et dans les haies. Son roucoulement est doux et étouffé.
  • Pigeon ramier : nettement plus gros (environ 41 cm), gris plus sombre, tache blanche sur le côté du cou et barre blanche visible sur l’aile en vol.
  • Tourterelle rieuse domestique : élevée en volière, elle porte aussi un demi-collier noir mais son plumage est en général plus pâle, crème. Un oiseau très familier ou bagué, isolé dans un quartier, est souvent un échappé de captivité.

Pour replacer ces espèces parmi les autres visiteurs, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin.

Statut : protégée, chassable ou nuisible ?

Contrairement à la plupart des oiseaux du jardin, la tourterelle turque n’est pas une espèce protégée en France. Elle figure parmi les « oiseaux de passage » de la liste des espèces de gibier fixée par l’arrêté du 26 juin 1987 et peut donc être chassée pendant les périodes d’ouverture, dans le cadre réglementaire de la chasse. Hors de ce cadre, la tuer, détruire ses nids ou ramasser ses œufs dans un jardin n’est pas autorisé pour un particulier.

Sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (2016), elle est classée en préoccupation mineure, avec une tendance à l’augmentation. La tourterelle des bois, sa cousine, est au contraire classée vulnérable. Les dégâts qu’on lui reproche restent limités : fientes sous un perchoir, graines prélevées dans les poulaillers ou les silos. Pour éloigner des oiseaux d’un balcon par des moyens légaux, filets, pointes et suppression de la nourriture accessible restent les solutions les plus durables.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une tourterelle et une tourterelle turque ?

« Tourterelle » désigne plusieurs espèces du genre Streptopelia. En France, deux sont sauvages et courantes. La tourterelle turque est beige uni avec un demi-collier noir, sédentaire et proche des maisons. La tourterelle des bois, plus petite, a le dos écailleux roux et noir, une tache rayée sur le cou, et ne passe que la belle saison en France avant de repartir hiverner en Afrique.

Pourquoi dit-on tourterelle turque ?

Le nom rappelle la route de son expansion : l’espèce a gagné l’Europe au XXe siècle depuis l’Asie Mineure et les Balkans, qui faisaient partie de l’Empire ottoman au moment de sa description scientifique en 1838. Elle est pourtant originaire du sous-continent indien. Son nom anglais, Eurasian Collared Dove, insiste plutôt sur son collier.

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La tourterelle turque est-elle invasive ?

En Europe, elle s’est répandue naturellement, sans introduction par l’homme, et n’est pas classée comme espèce exotique envahissante. Une compétition avec la tourterelle des bois, en déclin, est évoquée par certains auteurs, sans être démontrée comme cause principale de ce déclin. En Amérique du Nord, en revanche, sa présence résulte d’oiseaux relâchés aux Bahamas dans les années 1970.

Où nichent les tourterelles turques ?

Elles installent leur nid dans un arbre, un conifère ou une haie dense, souvent à quelques mètres de haut, parfois sur un bâtiment : rebord de toit, gouttière, balcon, poutre d’abri. Le nid est une plate-forme de brindilles si légère que les œufs se voient parfois par en dessous. Les nids sont presque toujours à proximité immédiate des habitations.

La tourterelle turque migre-t-elle ?

Non. C’est une espèce sédentaire : les couples restent toute l’année sur le même secteur, et vous pouvez entendre leur chant en hiver. Seuls les jeunes se dispersent après leur émancipation, ce qui a permis à l’espèce de coloniser l’Europe en quelques décennies. Ses ailes courtes et arrondies sont typiques d’un oiseau non migrateur.

Pourquoi la tourterelle turque chante-t-elle tout le temps ?

Le roucoulement sert au mâle à défendre son territoire et à maintenir le lien avec sa partenaire. Comme l’espèce peut nicher de février à novembre et enchaîner les couvées, la période de chant est très longue. Un mâle peut répéter sa phrase en trois syllabes des dizaines de fois d’affilée, dès l’aube, ce qui la rend familière ou entêtante selon les oreilles.

Sources

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