Busard Saint-Martin : identifier ce rapace gris des plaines

Le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) est le rapace gris clair qui survole lentement les plaines cultivées à quelques mètres du sol. Le mâle est gris pâle et blanc avec le bout des ailes noir ; la femelle, plus grande, est brune striée avec un large croupion blanc. Son envergure va de 99 à 121 cm. Selon la LPO, c’est le seul des trois busards d’Europe de l’Ouest qui hiverne habituellement dans nos régions. On le sépare du busard cendré à ses cinq « doigts » noirs au bout de l’aile, contre quatre chez le cendré.
Carte d’identité du busard Saint-Martin
| Critère | Busard Saint-Martin |
|---|---|
| Nom scientifique | Circus cyaneus, famille des accipitridés |
| Longueur | 43 à 52 cm |
| Envergure | 99 à 121 cm |
| Poids | 340 g environ pour le mâle, 470 g pour la femelle |
| Mâle adulte | Gris cendré dessus, ventre blanc, tête et poitrine grises, pointes des ailes noires |
| Femelle adulte | Brune dessus, dessous crème strié de brun, large croupion blanc, queue barrée |
| Juvénile | Brun plus sombre et uniforme, dessous roux, croupion blanc |
| Iris, cire, pattes | Jaunes |
| Longévité | 15 ans au maximum observés dans la nature |
| Liste rouge France (2016) | Nicheur : préoccupation mineure (LC) |
| Protection | Espèce protégée, annexe I de la directive Oiseaux |
Reconnaître le mâle, la femelle et le jeune
Les busards ont un dimorphisme sexuel très marqué. Le mâle adulte posé paraît d’un gris cendre uniforme, à l’exception des pointes noires des ailes et d’une queue plus pâle. Vu de dessous en vol, il est tricolore : capuchon et poitrine gris, ventre et dessous des ailes blancs, cinq longues rémiges noires à la main et une bordure sombre le long du bord de fuite. C’est cet oiseau très clair que l’on décrit souvent comme un « busard blanc » ou un « rapace gris ».
La femelle adulte est plus massive et entièrement brune dessus, avec des zones pâles sur la tête, le cou et les couvertures alaires. Sa face claire montre un sourcil blanchâtre et un collier pâle plus ou moins visible. Le dessous blanc cassé à roussâtre est strié de brun, et la queue pâle est barrée. En vol, le grand croupion blanc se voit de loin. Le juvénile ressemble à la femelle en plus sombre et plus uniforme, avec un dessous nettement roux.
Busard Saint-Martin ou busard cendré ?
Les deux espèces fréquentent les mêmes plaines céréalières au printemps et en été. Le tableau rassemble les critères utilisés par les observateurs.
| Critère | Busard Saint-Martin | Busard cendré |
|---|---|---|
| Silhouette | Le plus massif, ailes assez larges | Le plus petit, le plus fin et le plus élancé des trois |
| Doigts noirs à la main | 5 | 4 |
| Mâle, dessus | Gris pâle uni, croupion blanc | Gris plus sombre, barre noire sur l’aile |
| Mâle, dessous | Blanc pur, sans tache | Flammèches brun-roux sur le ventre, rémiges barrées |
| Femelle | Tête plus grosse, croupion blanc plus étendu | Tête plus petite, tache blanche du croupion plus réduite |
| Présence en France | Toute l’année ; hivernant sur presque tout le territoire | Migrateur : niche en France, hiverne en Afrique au sud du Sahara |
| Liste rouge France, nicheurs (2016) | Préoccupation mineure | Quasi menacé |
Pour les mâles, l’absence de toute marque sur le dessous suffit à reconnaître le Saint-Martin. Pour les femelles, la confusion est réelle même pour les observateurs expérimentés : comptez les doigts noirs et évaluez la largeur de l’aile. En hiver, un busard gris en France est un Saint-Martin : le cendré a alors quitté l’Europe. La femelle du busard des roseaux, troisième espèce nicheuse, se distingue par sa tête et ses épaules jaune pâle sur un corps brun.
Vol et technique de chasse
Le busard Saint-Martin chasse en vol lent et bas, à 2 ou 3 m du sol. Il alterne battements souples et glissades, bascule sur l’aile et suit les lignes de végétation pour surprendre une proie. Quand il plane, il tient les ailes légèrement relevées en V peu ouvert. Une fois la proie repérée, il pivote et tombe dessus, puis la mange au sol ou sur un piquet. Pour ses déplacements plus longs, il adopte un vol battu direct et utilise les ascendances thermiques.
Son régime se compose surtout de petits rongeurs, en premier lieu les campagnols des champs, et de petits passereaux surpris au sol comme les alouettes, les pipits ou les bergeronnettes. Il prend aussi des lapereaux, des lézards, des amphibiens et de gros insectes selon les occasions. L’abondance des campagnols détermine en grande partie sa présence hivernale et le nombre d’œufs pondus au printemps.
Où vit le busard Saint-Martin ?
L’espèce niche dans toute l’Eurasie tempérée et boréale, de la Grande-Bretagne et de l’Espagne jusqu’à l’Extrême-Orient russe. Elle occupe les milieux ouverts à végétation herbacée fournie : landes, tourbières, marais, friches, prairies, jeunes plantations forestières et plaines cultivées. En France, une grande partie des couples niche aujourd’hui dans les céréales, faute de milieux naturels suffisants.
En été, le busard Saint-Martin est surtout présent dans le centre de la France, dans une bande qui va de La Rochelle à Besançon et du Massif central à la région d’Orléans. En hiver, il s’observe sur presque tout le territoire, hors haute montagne, car des oiseaux du nord de l’Europe arrivent entre août et octobre et repartent de fin février à fin avril. Le soir, les busards se regroupent en dortoirs dans de hautes herbes ou des roselières, parfois plusieurs dizaines au même endroit, ce qui les protège de prédateurs comme l’autour des palombes.
Reproduction au sol et calendrier
Le mâle arrive le premier sur le site de nidification ; les parades aériennes commencent fin mars, avec des vols acrobatiques accompagnés de « ka ka ka » sonores. Le nid est construit à même le sol, surtout par la femelle : un amas d’herbes et de brindilles d’une cinquantaine de centimètres de diamètre, caché dans une végétation haute. Un mâle s’apparie parfois avec deux femelles, sans que ce soit la règle.
| Étape | Période ou durée |
|---|---|
| Parades nuptiales | Fin mars à avril |
| Ponte | Fin avril à mi-juin selon la latitude ; 4 à 6 œufs, 3 à 4 dans le Nord-Est |
| Incubation, par la femelle seule | 29 à 31 jours par œuf, éclosions étalées |
| Envol des jeunes | 32 à 38 jours après l’éclosion selon la LPO |
| Dépendance après l’envol | 25 à 30 jours |
| Nichées par an | Une seule |
Pendant l’incubation et le début de l’élevage, c’est le mâle qui chasse pour la femelle et les poussins. La femelle reprend la chasse quand les jeunes sont assez grands, puis assure leur protection après l’envol. Les éclosions étant étalées, les poussins d’une même nichée ont des tailles différentes.
Menaces et protection des nids
Le principal danger vient des moissons. Dans les céréales, l’envol des jeunes intervient souvent après la date de récolte, et de nombreux poussins périssent dans les barres de coupe des moissonneuses-batteuses. Les associations de protection mènent chaque printemps des programmes de sauvegarde avec le monde agricole pour localiser les nids et les protéger avant la récolte. La prédation par le renard, le sanglier ou certains rapaces comme les milans, et les années pauvres en campagnols, réduisent aussi le succès de reproduction.
Comme tous les rapaces, le busard Saint-Martin est protégé en France depuis la loi du 10 juillet 1976. Il figure à l’annexe I de la directive Oiseaux, à l’annexe II de la convention de Berne, et ses habitats justifient la désignation de zones Natura 2000. Si vous trouvez un nid dans une parcelle, signalez-le à la LPO de votre département plutôt que de vous en approcher. Les plaines céréalières abritent d’autres espèces en difficulté, comme le bruant jaune, classé vulnérable sur la même liste rouge. Pour les autres espèces de la campagne, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin et des champs.
Cris du busard Saint-Martin
En dehors de la saison de reproduction, le busard Saint-Martin est presque silencieux. Au printemps, le cri de contact est un « hiiij » sifflé et bref. La femelle qui alarme près du nid lance des « ke ke ke ke ke » précipités tant que le danger persiste, et la parade s’accompagne de « ka ka ka ka » modulés. Les jeunes quémandent avec des « piiiih » insistants. Quelques cris s’entendent aussi le soir près des dortoirs d’hiver. Des enregistrements réalisés en France sont disponibles sur la page de l’espèce sur xeno-canto, dont des cris de parade enregistrés dans les Yvelines.
Questions fréquentes sur le busard Saint-Martin
Quelle est la différence entre une buse et un busard ?
La buse variable est trapue, avec des ailes larges, une queue courte, et passe beaucoup de temps perchée sur un poteau ou tourne en cercles haut dans le ciel. Le busard est élancé, avec des ailes longues et une longue queue, et chasse en rasant le sol d’un vol lent et chaloupé, les ailes relevées en V. Le mâle du busard Saint-Martin, gris et blanc, n’a aucun équivalent chez la buse.
Quelle est l’envergure d’un busard Saint-Martin ?
De 99 à 121 cm selon la LPO, pour une longueur de 43 à 52 cm. La femelle est plus grande et plus lourde que le mâle : environ 470 g contre 340 g. Cette différence de taille entre sexes est la règle chez les rapaces diurnes et se remarque nettement quand le couple vole ensemble au-dessus du nid.
Où voir le busard Saint-Martin en hiver ?
Dans les grandes plaines agricoles, les polders côtiers, les marais et les friches, partout en France sauf en haute montagne. La fin d’après-midi est le meilleur moment : les busards rejoignent alors leurs dortoirs dans les hautes herbes ou les roselières. Restez à distance pour ne pas déranger le regroupement.
Le busard Saint-Martin est-il menacé ?
Il est classé en préoccupation mineure sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (2016) et n’est pas menacé à l’échelle mondiale. Sa reproduction dans les cultures le rend toutefois dépendant des actions de protection des nids au moment des moissons. Certaines régions, comme la Lorraine, n’accueillent que de très rares nicheurs.