Oiseaux du jardin

Merle noir : mâle, femelle, juvénile, chant et nid

Julie Panier14 février 202612 min
Gros plan photoréaliste d'un merle noir mâle au bec orange, perché près d'un nid dans un jardin fleuri.

Le merle noir (Turdus merula) est l’un des oiseaux les plus communs des jardins de France. Le mâle est entièrement noir avec un bec jaune orangé et un cercle jaune autour de l’œil ; la femelle est brune, avec la poitrine mouchetée et le bec plus terne ; le jeune est brun roux tacheté, au point de ressembler à une grive. Le merle se nourrit au sol de vers de terre et de fruits, niche dans les haies entre 1 et 3 m de haut et chante, de février à juillet, un chant flûté à l’aube et au crépuscule.

Le merle noir en un coup d’œil

Le merle est le plus grand turdidé commun de nos jardins, de la famille des grives et du rouge-gorge. Sa silhouette est typique : longue queue, ailes courtes, posture redressée, déplacement au sol par petits bonds. Il ne craint pas l’homme et se laisse observer de près sur les pelouses.

CritèreMerle noir
Longueur24 à 27 cm
Envergure34 à 38 cm
Poids85 g environ en été, 100 à 115 g en hiver
Mâle adulteNoir profond et mat, bec jaune orangé, cercle oculaire jaune
FemelleBrune, dessous plus pâle et moucheté, gorge claire, bec brun parfois teinté de jaune
JuvénileBrun clair roussâtre, tacheté de chamois dessus et dessous, pattes rosâtres
Longévité3 à 4 ans en moyenne ; record de 20 ans et 3 mois à l’état sauvage
PrésenceToute l’année, partout en France jusqu’à 1 500 m environ
StatutNon protégé, gibier chassable ; « préoccupation mineure » sur la liste rouge des nicheurs (2016)

Merle mâle ou femelle : comment les différencier

Chez le merle noir, la différence entre mâle et femelle est nette. Le mâle adulte est noir de la tête à la queue, sans reflets, avec un bec jaune orangé vif et un cercle de peau jaune autour de l’œil. Ses pattes sont brun sombre. La femelle de merle est brune : dessus brun sombre, dessous plus pâle, souvent nuancé de roux ou de chamois, avec des mouchetures sombres sur la poitrine et une gorge plus claire. Son bec est brun, avec du jaune pâle qui peut s’étendre avec l’âge, et son cercle oculaire est moins visible.

Merle noir femelle perchée sur une branche : plumage brun, poitrine mouchetée, bec jaunâtre

Les femelles varient beaucoup d’un individu à l’autre. Certaines sont presque noires, d’autres très rousses avec une poitrine tachetée qui rappelle le plumage juvénile. Un oiseau brun au bec jaunâtre et au cercle oculaire marqué peut donc être une femelle âgée, et non un mâle. En cas de doute, observez le comportement au printemps : seul le mâle chante longuement depuis un perchoir, tandis que la femelle construit le nid et couve.

Le merle juvénile : un faux air de grive

Le jeune merle surprend, car il ne ressemble ni au mâle ni vraiment à la femelle. Son plumage est brun clair, teinté de roux sur la face, la gorge et la poitrine, et entièrement moucheté ou strié de chamois, dessus comme dessous. Son bec est plus clair que celui de la femelle et ses pattes sont rosâtres. Beaucoup d’observateurs le prennent pour une grive musicienne. La queue plus longue, l’absence de taches rondes et nettes sur un ventre blanc et le comportement (les jeunes suivent leurs parents en quémandant) permettent de trancher. Les jeunes muent à la fin de l’été et prennent alors un plumage proche de celui des adultes.

Merle noir et blanc : le leucisme

Il arrive de voir un merle taché de blanc, voire presque entièrement blanc. Il s’agit le plus souvent de leucisme : une anomalie génétique qui empêche le dépôt de mélanine dans certaines plumes. Oiseaux.net note que ces cas sont fréquents chez le merle noir, en particulier dans certaines populations urbaines, probablement à cause de la consanguinité. Les taches blanches sont disposées au hasard et leur étendue varie d’un oiseau à l’autre. Un merle leucique garde en général des yeux sombres, ce qui le distingue d’un albinos, dont les yeux sont rouges. Ce merle « pie » reste un merle noir ordinaire, avec le même chant et le même comportement que ses congénères.

  Busard Saint-Martin : identifier ce rapace gris des plaines

Le chant du merle noir

Le chant du merle est l’un des plus beaux de nos jardins. C’est une longue phrase mélodieuse, faite de notes flûtées, claires et sonores, lancée avec un rythme assez lent depuis un perchoir bien exposé : antenne, faîte de toit, cime d’arbre. Chaque mâle possède son propre répertoire, qu’il improvise à partir de quelques motifs, et la phrase se termine souvent par des notes plus sifflées ou grinçantes.

  • Période : de février ou mars à juillet. Le chant sert à délimiter le territoire et à attirer une femelle.
  • Moment de la journée : surtout à l’aube et au crépuscule.
  • Cri d’alarme : une série de « tjik » ou « tchic » aigus et stridents, lancée queue relevée et ailes tombantes à la vue d’un chat, d’un rapace ou d’un geai.
  • Cri d’excitation : des « tac-tac » secs et répétés, quand l’oiseau est agité.

Le chant de la grive musicienne est plus rapide et répète chaque motif deux ou trois fois, alors que le merle déroule des phrases plus lentes, sans répétition systématique.

Que mange le merle noir ?

Le merle est omnivore et son menu change avec les saisons. D’avril à juin, il est surtout carnivore : il sautille sur les pelouses, s’arrête, penche la tête pour repérer un ver de terre à la vue et à l’ouïe, puis pique du bec. Il consomme aussi des insectes, des araignées, des escargots et des limaces, et retourne inlassablement les feuilles mortes et le tas de compost. En été et en automne, les fruits prennent le relais.

  • Proies : lombrics, larves et insectes, araignées, escargots, limaces, plus rarement petits lézards.
  • Fruits sauvages : mûres, baies de sureau, d’aubépine, d’églantier et d’if.
  • Fruits du jardin : cerises, pommes tombées, baies de pyracantha et d’autres arbustes d’ornement.
  • Mangeoire en hiver : pommes coupées, raisins secs trempés, flocons d’avoine, graines et un peu de graisse, posés au sol ou sur un plateau bas.

Le merle se nourrit au sol plutôt que sur une mangeoire suspendue. En période de gel, quand les vers deviennent inaccessibles, quelques pommes coupées en deux posées sur la pelouse l’aident beaucoup. Retrouvez nos conseils complets pour nourrir les oiseaux du jardin en hiver.

Le nid du merle et ses oisillons

Le mâle défend son territoire dès l’hiver ; il couvre 0,1 à 0,3 ha en ville et 0,2 à 0,5 ha en forêt. La nidification commence fin février avec les premiers chants. Les couples se forment pour une saison. La femelle choisit l’emplacement parmi ceux que lui montre le mâle et construit seule le nid en 3 à 4 jours. Il est placé entre 1 et 3 m de hauteur, dans une fourche d’arbuste ou une haie épaisse, souvent dans un conifère du jardin, parfois sur une poutre ou un recoin de bâtiment. C’est une coupe de tiges, de racines, de feuilles et de mousse, cimentée de boue, d’environ 10 cm de diamètre intérieur.

  1. Ponte : 3 à 5 œufs verdâtres mouchetés de brun, de mars à août. La femelle peut faire jusqu’à 3 pontes dans la saison.
  2. Incubation : environ deux semaines, par la femelle.
  3. Élevage au nid : les deux parents nourrissent les oisillons, qui quittent le nid au bout de deux semaines environ.
  4. Après l’envol : les jeunes sortent du nid avant de savoir bien voler et restent un ou deux jours au sol ou dans les buissons. Les parents continuent de les nourrir pendant environ trois semaines.
  5. Indépendance : un mois et demi environ après l’éclosion.
  Mésange noire : identification, chant et différence avec la charbonnière

Un bébé merle au sol : faut-il intervenir ?

Presque jamais. Au printemps, on trouve souvent un jeune merle emplumé qui sautille au sol sans voler : il est sorti du nid normalement et ses parents le nourrissent à proximité. La LPO rappelle que ces jeunes sont très rarement abandonnés. Laissez-le sur place, éloignez les chats et les enfants, et observez de loin. Si l’oisillon est en danger immédiat, posez-le simplement dans un buisson proche. Si l’oisillon n’a pas encore ses plumes, il est tombé du nid trop tôt : contactez un centre de soins pour la faune sauvage avant toute autre démarche, ne lui donnez ni pain ni lait.

Où vit le merle noir et migre-t-il ?

Le merle noir est présent dans toute la France, en ville comme à la campagne. Il occupe les sous-bois, les haies, les parcs et les jardins, petits ou grands, à condition d’y trouver des buissons denses pour se cacher et nicher et des pelouses ou des sols dégagés pour chercher les vers. En montagne, il ne dépasse guère 1 500 à 1 600 m dans les Alpes et les Pyrénées, où le merle à plastron prend le relais.

C’est un migrateur partiel. Les merles des villes, du littoral et du sud sont surtout sédentaires. Une partie des oiseaux du nord du pays descend vers le sud en hiver, et des merles de Scandinavie et d’Europe de l’Est arrivent dans l’ouest de la France. Les jeunes de l’année partent en septembre, les adultes en octobre. Le merle que vous voyez en janvier n’est donc pas forcément celui qui niche chez vous au printemps.

Statut et menaces

Le merle noir n’est pas une espèce protégée en France : il est classé gibier dans la catégorie des « oiseaux de passage » de l’arrêté du 26 juin 1987, avec les grives. Il reste très abondant et figure en « préoccupation mineure » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine et au niveau mondial. Ses principales causes de mortalité sont les maladies, le manque de nourriture (en particulier pendant les sécheresses, quand les vers s’enfoncent), la circulation routière, les collisions avec les vitres et la prédation, surtout par les chats en ville.

Depuis 2015, le virus Usutu touche les merles en France. Détecté d’abord dans le Haut-Rhin et le Rhône, il est transmis par les moustiques du genre Culex. En 2018, sa circulation précoce et étendue a provoqué d’importantes mortalités de merles noirs. Si vous trouvez plusieurs merles morts ou un merle apathique en été, signalez-le au réseau SAGIR de l’OFB ou à votre fédération des chasseurs, qui collectent ces cas.

Attirer le merle noir au jardin

Le merle a besoin de peu : du couvert, des vers et des fruits. Plantez une haie d’arbustes indigènes à baies (aubépine, sureau, églantier, houx, cornouiller) et laissez un coin de feuilles mortes sous les massifs, où il cherche ses proies. Taillez les jeunes arbustes en buisson, avec de nombreuses branches latérales : la LPO souligne que le merle manque souvent de fourches solides pour poser son nid. Évitez les pesticides et les granulés anti-limaces, qui empoisonnent ses proies. Un bain d’oiseaux peu profond est très fréquenté par les merles, qui s’y baignent même en hiver. Vous pouvez aussi lui offrir un nichoir semi-ouvert fixé dans un lierre ou une plante grimpante.

Questions fréquentes sur le merle noir

Que signifie la présence d’un merle noir dans le jardin ?

Sur le plan écologique, un merle qui s’installe indique un jardin vivant : une pelouse riche en vers de terre, des buissons pour nicher et des fruits. Sa présence régulière en période de reproduction signale souvent un nid à proximité. En hiver, un merle qui revient chaque jour profite surtout des fruits tombés ou de votre mangeoire au sol.

  Verdier d'Europe : identification, chant et déclin de l'espèce

Quelle est la différence entre un merle et un étourneau ?

L’étourneau sansonnet est plus petit, avec une queue courte et un bec long et pointu. Son plumage noir porte des reflets verts et violets métalliques, piqueté de blanc en hiver. Il marche au sol au lieu de sautiller, et vit en groupes bruyants. Le merle mâle est d’un noir mat, avec une longue queue, et vit seul ou en couple. Notre guide pour identifier un oiseau noir au jardin détaille les autres confusions.

Qu’est-ce qui attire les merles ?

Une pelouse non traitée riche en vers de terre, un tas de compost, des arbustes à baies et une haie dense attirent les merles toute l’année. En hiver, des pommes coupées et des raisins secs posés au sol les font venir en quelques jours. Un point d’eau peu profond est aussi très apprécié pour boire et se baigner.

Quel oiseau ressemble au merle noir ?

Le merle à plastron, oiseau de montagne, ressemble au merle noir mais le mâle porte un croissant blanc sur la poitrine. L’étourneau sansonnet a un plumage noir irisé et une queue courte. Les corneilles et choucas sont bien plus grands, avec un bec noir. La femelle et le jeune merle peuvent être confondus avec la grive musicienne, plus petite et à ventre blanc taché de points nets.

Pourquoi le merle a-t-il parfois le bec noir ?

Un merle au bec sombre est le plus souvent une femelle, dont le bec est brun avec un peu de jaune, ou un jeune de l’année, au plumage brun tacheté. Chez le mâle, le bec devient jaune orangé vif en période de reproduction. Un merle entièrement noir avec un bec foncé en hiver est souvent un jeune mâle qui n’a pas encore acquis les couleurs de l’adulte.

Sources

Laisser un commentaire

Votre info locale
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.