Bernache en Bretagne : migration, espèces et où les observer

La bernache est une petite oie sauvage du genre Branta, reconnaissable à sa tête et à son cou noirs. En Bretagne, l’espèce que vous verrez le plus souvent est la bernache cravant : elle arrive de l’Arctique russe en octobre, stationne sur les baies et les estuaires de novembre à février, puis repart vers le nord entre mars et avril. Deux autres bernaches existent en France : la bernache du Canada, introduite et installée sur les étangs, et la bernache nonnette, très rare sur les côtes bretonnes.
Qu’est-ce qu’une bernache ?
Les bernaches appartiennent à la famille des Anatidés, comme les canards, les cygnes et les autres oies. Les ornithologues les séparent des oies « grises » du genre Anser (oie cendrée, oie rieuse) par quelques critères simples : bec et pattes noirs, tête et cou noirs ou fortement contrastés de blanc, silhouette plus compacte. Une bernache est donc bien une oie, et non un canard. Elle broute comme les autres oies, avec un bec court adapté à couper l’herbe et les plantes marines.
Le nom vient d’une vieille croyance européenne : faute de connaître leurs nids, situés dans l’Arctique, on pensait que ces oiseaux naissaient des bernacles, de petits crustacés fixés sur le bois flotté. Au Québec, la bernache du Canada est appelée outarde, un nom qui désigne en France des oiseaux de plaine sans rapport avec les oies.
Les trois bernaches observables en France
Le tableau ci-dessous résume les critères qui permettent de distinguer les trois espèces. Les mesures proviennent d’oiseaux.net et de la fiche de l’Office français de la biodiversité (OFB) pour la bernache du Canada.
| Critère | Bernache cravant | Bernache nonnette | Bernache du Canada |
|---|---|---|---|
| Nom scientifique | Branta bernicla | Branta leucopsis | Branta canadensis |
| Taille | 55 à 66 cm | 58 à 71 cm | environ 1 m |
| Envergure | 110 à 120 cm | 132 à 145 cm | 160 à 175 cm |
| Poids | 1,1 à 1,7 kg | non retenu ici (données variables) | environ 5 kg |
| Tête et cou | noirs, petite tache blanche de chaque côté du cou | face blanche, cou et poitrine noirs | cou noir, joues et gorge blanches |
| Corps | brun-gris foncé, dessous de la queue blanc | dos gris barré, ventre très pâle | dos brun, poitrine claire |
| Mâle et femelle | plumage identique dans les deux sexes | ||
| Statut en France | espèce protégée | espèce protégée | espèce exotique envahissante, chassable dans l’Hexagone |
| Présence en Bretagne | hivernante commune sur le littoral | très rare | sédentaire sur les plans d’eau |
La bernache cravant est à peine plus grande qu’un canard colvert. Sa sous-espèce à ventre sombre (B. b. bernicla) forme l’essentiel des oiseaux bretons. La sous-espèce à ventre pâle (B. b. hrota), venue du Canada, du Groenland et du Spitzberg, hiverne surtout en Irlande. En France, 98 % de ses effectifs se concentrent sur la côte ouest du Cotentin, en Normandie : en Bretagne, elle reste occasionnelle.
Migration de la bernache cravant vers la Bretagne
La bernache cravant à ventre sombre niche dans la toundra du nord de la Sibérie. La femelle y pond 3 à 5 œufs en juin, à même le sol, dans un nid garni de duvet, et les couve 24 à 26 jours. Les familles quittent l’Arctique à la fin de l’été et font halte en mer des Wadden, aux Pays-Bas et en Allemagne, avant d’atteindre la Manche et l’Atlantique.
Le Réseau national bernaches, qui compte les oiseaux chaque mois sur une cinquantaine de sites, note les premiers stationnements à partir de la fin septembre, notamment en baie de Saint-Brieuc. Les arrivées massives ont lieu en octobre. Le pic d’hivernage tombe en novembre et décembre, puis les effectifs baissent dès janvier, quand une partie des oiseaux remonte vers les côtes de la Manche et de la mer du Nord.
Calendrier de présence en France (saison 2024-2025)
Ces effectifs, publiés par le Groupe ornithologique normand à partir des comptages du réseau national, montrent la dynamique de la migration mois par mois.
| Mois | Bernaches cravant à ventre sombre comptées en France | Phase |
|---|---|---|
| Septembre | 439 | premiers oiseaux |
| Octobre | 67 997 | arrivées massives |
| Novembre | 109 570 | hivernage |
| Décembre | 110 003 | pic de la saison |
| Janvier | 92 798 | premiers départs vers le nord |
| Février | 68 105 | départs |
| Mars | 35 865 | départs |
| Avril | 4 125 | derniers oiseaux |
En décembre 2024, la France accueillait 51 % de la population biogéographique, estimée à 215 000 oiseaux. Les principaux sites, du bassin d’Arcachon au golfe du Morbihan, regroupaient 74 % des hivernants lors du pic.
Pourquoi les bernaches migrent
Les bernaches cravant se nourrissent surtout de zostères, des plantes marines à feuilles rubanées qui poussent sur les vasières découvertes à marée basse. Elles complètent avec des algues vertes, la végétation des prés salés et, plus rarement, des cultures proches du littoral. L’hiver arctique gèle ces ressources : l’oiseau part vers des côtes où les herbiers restent accessibles. Au printemps, il repart vers la toundra, qui offre pendant l’été une nourriture abondante et un jour presque continu pour élever les jeunes.
Où observer les bernaches en Bretagne
Les comptages du Réseau national bernaches citent de nombreux sites bretons. Voici ceux où les bernaches cravant stationnent chaque hiver :
- Golfe du Morbihan et presqu’île de Rhuys : le golfe a dépassé 16 000 bernaches en novembre 2011, ce qui en faisait alors le troisième site français. La réserve naturelle des marais de Séné se trouve sur sa rive est.
- Baie de Saint-Brieuc : réserve naturelle nationale, où les premiers oiseaux de la saison sont souvent notés.
- Baie de Lannion et Saint-Efflam, estuaire du Jaudy, baie de Paimpol.
- Nord Finistère : baie de Morlaix, littoral de Plougoulm à Plouescat, baie de Goulven.
- Sud Finistère : baie de la Forêt et Mousterlin, rivière de Pont-l’Abbé.
- Morbihan côtier : rade de Lorient, rivière d’Étel, baie de Quiberon.
- Ille-et-Vilaine : havre de Rothéneuf et partie bretonne de la baie du Mont-Saint-Michel.
Mousterlin, à La Forêt-Fouesnant, a dépassé le seuil d’importance nationale pour la bernache à ventre pâle lors de l’hiver 2021-2022 : c’est l’un des rares endroits de Bretagne où chercher cette sous-espèce.
Conseils d’observation
Consultez l’horaire des marées avant de partir. À marée basse, les bernaches s’éparpillent sur les vasières pour manger ; à marée montante, elles se rapprochent du rivage puis se regroupent sur des reposoirs ou sur l’eau, ce qui facilite l’observation. Une paire de jumelles suffit, mais une longue-vue aide à repérer les quelques oiseaux à ventre pâle au milieu des groupes. Restez sur les sentiers et à distance : un envol provoqué par un promeneur ou un chien coûte de l’énergie à des oiseaux qui doivent tenir tout l’hiver sur une ressource limitée.
Cri et comportement en vol
Le cri de la bernache cravant est un « rrok rrok » grave et roulé, émis à terre comme en vol. Un groupe en train de manger produit un murmure continu, audible de loin sur les vasières calmes. Ces cris s’entendent de jour comme de nuit, car l’espèce s’alimente aussi la nuit en suivant le rythme des marées.
En vol, les battements d’ailes sont plus rapides que chez les autres oies. Les bernaches cravant se déplacent en longues lignes de front qui ondulent, plus rarement en V. Les vols en V, fréquents chez la bernache du Canada et les oies grises, réduisent l’effort des oiseaux placés derrière le meneur, qui profitent du courant d’air créé par ses ailes.
Statut et menaces
La bernache cravant et la bernache nonnette sont protégées en France par l’arrêté du 29 octobre 2009 : il est interdit de les chasser, de les capturer ou de les déranger intentionnellement. La population à ventre sombre a pourtant reculé de 34 % en 30 ans. Son succès de reproduction était de 1 % de jeunes en 2024, contre 7 % en moyenne sur les dix années précédentes. Ce taux varie fortement selon les conditions rencontrées dans l’Arctique pendant la nidification. En hiver, l’état des herbiers de zostères et le dérangement sur les sites d’alimentation pèsent aussi.
La bernache du Canada a un statut opposé. L’OFB la classe parmi les espèces exotiques envahissantes : originaire d’Amérique du Nord, elle a été introduite en Europe comme oiseau d’ornement. Ses effectifs français sont passés d’environ 6 000 oiseaux en 2008 à 14 000 en 2016. Son introduction dans le milieu naturel est interdite depuis l’arrêté du 14 février 2018, et elle peut être régulée par la chasse. L’OFB lui reproche la concurrence avec les oiseaux d’eau indigènes et des dégâts par piétinement, fientes et broutage sur les cultures et les espaces de loisirs.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une bernache et une oie ?
Une bernache est une oie : elle appartient à la même sous-famille des Anatidés. Le terme désigne les oies du genre Branta, au bec et aux pattes noirs et à la tête noire ou noir et blanc. Les oies grises du genre Anser, comme l’oie cendrée, ont un bec orange ou rose et un plumage gris-brun. Les oies domestiques de basse-cour descendent de l’oie cendrée et de l’oie cygnoïde, jamais d’une bernache.
Quand les bernaches quittent-elles la Bretagne ?
Les départs commencent dès janvier et s’étalent jusqu’en avril. En 2024-2025, les effectifs comptés en France sont passés de 110 003 oiseaux en décembre à 35 865 en mars, puis à 4 125 en avril. Les derniers groupes partent vers la mer des Wadden, où ils font une halte avant de rejoindre la toundra sibérienne pour nicher en juin.
Où vont les bernaches en été ?
Les bernaches cravant à ventre sombre passent l’été dans la toundra du nord de la Sibérie, près des côtes. Elles y nichent au sol, en petites colonies ou isolément, et élèvent leurs jeunes pendant le court été arctique. Les jeunes prennent leur envol environ six à sept semaines après l’éclosion, juste à temps pour la migration d’automne.
La bernache du Canada est-elle nuisible ?
Le terme officiel est « espèce exotique envahissante ». Dans les parcs et sur les étangs, la bernache du Canada broute les pelouses, souille les berges de ses fientes et concurrence les oiseaux d’eau indigènes. Elle est chassable dans l’Hexagone. Parmi les mesures de gestion citées par l’OFB figurent la stérilisation des œufs et la limitation du nourrissage dans les parcs, qui favorise ses rassemblements : mieux vaut donc ne pas lui donner de pain.
Peut-on chasser la bernache cravant ?
Non. La bernache cravant figure sur la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire (arrêté du 29 octobre 2009), tout comme la bernache nonnette. Sa chasse, sa capture, sa détention et la destruction de ses œufs sont interdites. Seule la bernache du Canada, espèce introduite, peut être chassée en France métropolitaine.
Pour aller plus loin
La bernache n’est pas un oiseau de jardin, mais d’autres migrateurs venus du nord passent l’hiver près de chez vous, comme la grive mauvis, qui arrive de Scandinavie en automne. Pour les espèces que vous verrez autour de la maison, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin. Si vous vous intéressez aux oies domestiques, notre article sur l’œuf d’oie fécondé et son incubation détaille la couvaison en élevage. Les comptages de bernaches reposent sur des bénévoles, comme le comptage des oiseaux des jardins, ouvert à tous.
Sources
- Oiseaux.net : Bernache cravant
- Oiseaux.net : Bernache nonnette
- OFB : Bernache du Canada (Branta canadensis)
- GONm : Bernaches et avocettes hivernant en Normandie, 2024-2025
- Réseau national bernaches : bilan des dénombrements 2021-2022
- Dénombrement des oiseaux d’eau dans le golfe du Morbihan, 2011-2012
- Arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés
- Xeno-canto : enregistrements de la bernache cravant