Cri des rapaces : reconnaître les rapaces de France à l’oreille

Le cri des rapaces varie beaucoup d’une espèce à l’autre : miaulement plaintif pour la buse variable, sifflement tremblé pour les milans, « ki-ki-ki » rapide pour le faucon crécerelle, hululement ou chuintement pour les rapaces nocturnes. La plupart des rapaces diurnes restent silencieux une grande partie de l’année et ne crient vraiment qu’au printemps, près du nid, ou quand les jeunes réclament à manger après l’envol. En français, l’aigle « glatit » ou « trompette » et les rapaces nocturnes « ululent » (ou « hululent ») ; la chouette « chuinte » et le hibou « hue ». Les tableaux ci-dessous vous aident à reconnaître les cris des rapaces de France, de jour comme de nuit.
Comment s’appelle le cri des rapaces ?
Il n’y a pas un nom unique pour le cri des rapaces. Les dictionnaires attribuent des verbes à certaines espèces. Le Larousse définit glatir comme « crier, en parlant de l’aigle » et donne aussi trompeter pour l’aigle, le cygne et la grue. Ululer, ou hululer, signifie « crier, en parlant des rapaces nocturnes » ; le nom correspondant est l’ululement, un mot de 9 lettres que l’on retrouve dans les grilles de mots fléchés à la définition « cri des rapaces de nuit ». La chouette chuinte et le hibou hue. Pour les buses, les milans et les faucons, l’usage courant parle simplement de cri, de sifflement ou de miaulement. Les ornithologues distinguent surtout le chant, à fonction territoriale ou nuptiale, des cris de contact, d’alarme et de quémande des jeunes.
Cris des rapaces diurnes : tableau d’identification
Les transcriptions ci-dessous reprennent celles des fiches d’oiseaux.net. Elles donnent une idée du son, mais un même cri change selon l’excitation de l’oiseau, son sexe et son âge. Le statut indiqué est celui de la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine (UICN France, MNHN, LPO, 2016) : LC = préoccupation mineure, NT = quasi menacé, VU = vulnérable.
| Rapace | Cri le plus fréquent | Quand l’entendre | Liste rouge France |
|---|---|---|---|
| Buse variable | Miaulement plaintif d’environ 2 secondes, « kiiaaaahh », descendant à la fin | Toute l’année, surtout au printemps et à l’été (jeunes) | LC |
| Milan royal | Sifflement long, modulé à la fin, « piuuuuu ui ui ui » | Près du nid, au printemps | VU |
| Milan noir | Sifflement tremblé et descendant, proche d’un hennissement | De mars à l’été | LC |
| Faucon crécerelle | Série rapide et aiguë de « ki-ki-ki » | Printemps et été, près du nid | NT |
| Faucon pèlerin | Alarme « kré kré kré » éraillée | Mi-février à fin juin | LC |
| Faucon hobereau | « Kuk » d’inquiétude, cris plaintifs ascendants | Été, près du nid | LC |
| Épervier d’Europe | Séries de « kiou kiou kiou » | Printemps, près du nid | LC |
| Autour des palombes | Caquètement puissant « kiak kiak kiak » | Printemps, en forêt | LC |
| Bondrée apivore | Sifflement modulé et aigu « uiiuuuh » | Mai, à l’installation | LC |
| Circaète Jean-le-Blanc | Sifflements doux, terminés par un « yok » | Printemps et été | LC |
| Busard Saint-Martin | « Hiiij » sifflé ; alarme « ke ke ke » de la femelle | Printemps, près du nid | LC |
| Aigle royal | « Kyak » sonore en séries, comme un jappement | Saison de reproduction | VU |
La buse variable, le rapace que l’on entend le plus
Le miaulement de la buse variable est le cri de rapace le plus répandu dans les campagnes françaises. C’est un « kiiaaaahh » puissant, aigu au début et descendant à la fin, lancé en vol circulaire au-dessus des bois ou depuis un piquet. Il sert de cri de contact, d’alarme et de défense du territoire. En été, les jeunes buses sorties du nid répètent pendant des semaines un cri plus aigu et plus insistant pour réclamer à manger, ce qui explique beaucoup de signalements de « rapace qui crie sans arrêt ». Un piège classique : le geai des chênes imite ce miaulement à la perfection. Si le cri vient d’un sous-bois et que vous voyez passer un oiseau rose-brun aux ailes marquées de bleu, c’est lui.
Les sifflements des milans
Les deux milans de France sifflent plus qu’ils ne crient. Le milan royal, roux avec une queue très échancrée, émet un sifflement long, modulé et terminé par une série de notes rapides. Il est surtout vocal près du nid et presque silencieux ailleurs. Le milan noir, plus sombre et à queue faiblement fourchue, lance un sifflement tremblé qui descend sur la fin et peut évoquer un hennissement. Il revient d’Afrique dès mars et niche souvent près des rivières et des lacs. Le milan royal est classé vulnérable en France : ses principaux bastions nicheurs sont le Massif central, les Pyrénées et le nord-est du pays.
Les cris des faucons
Le faucon crécerelle est le faucon que vous entendrez le plus souvent, y compris en ville : une série rapide et aiguë de « ki-ki-ki-ki », surtout près du nid, au printemps et en été. Le faucon pèlerin est silencieux hors reproduction, puis très bruyant de mi-février à fin juin. Il émet des cris longs et traînants depuis son site de nidification, des « tsick » brefs et claquants en vol, et une alarme puissante faite de « kré kré kré » éraillés quand on s’approche de l’aire. Le faucon hobereau, chasseur d’hirondelles et de libellules, pousse des « kuk » inquiets et des cris plaintifs ascendants proches de ceux du pèlerin. Le cri du faucon diffusé par haut-parleur pour éloigner les pigeons perd vite son effet, car les oiseaux s’y habituent : notre page sur les répulsifs pour pigeons détaille les méthodes qui fonctionnent.
Épervier, autour, busards et aigles
L’épervier d’Europe et l’autour des palombes, deux chasseurs d’oiseaux à ailes courtes, restent discrets hors de la période de nidification. L’épervier lance des séries de « kiou kiou kiou » dont le rythme change selon qu’il s’agit d’une parade, d’une alarme ou d’un retour au nid avec une proie. L’autour, plus grand, alarme par un caquètement puissant « kiak kiak kiak » qui porte loin en forêt. Le busard Saint-Martin émet un « hiiij » sifflé, et la femelle alarme près du nid avec des « ke ke ke » précipités. L’aigle royal, généralement silencieux, lance en saison de reproduction des « kyak » sonores en séries, que l’on compare à un jappement. La bondrée apivore et le circaète Jean-le-Blanc se signalent surtout par des sifflements en vol.
Cris des rapaces nocturnes
Les rapaces nocturnes sont plus sonores que les diurnes, car la voix remplace la vue pour défendre un territoire dans l’obscurité. Leur chant est souvent répétitif et propre à chaque espèce. Le tableau suivant résume les cris des neuf rapaces nocturnes nicheurs de France métropolitaine. Les deux petites chouettes de montagne, chevêchette d’Europe et chouette de Tengmalm, vivent surtout dans les forêts de conifères d’altitude.
| Rapace nocturne | Cri ou chant typique | Taille | Liste rouge France |
|---|---|---|---|
| Chouette hulotte | Hululement en deux temps (mâle), « kiwit » (femelle) | 37 à 39 cm | LC |
| Effraie des clochers | Chuintement rauque et strident, souvent en vol | 33 à 39 cm | LC |
| Chevêche d’Athéna | « Wiou » bitonal, « haaah » montant | 21 à 23 cm | LC |
| Hibou moyen-duc | Note grave et douce, répétée régulièrement | 35 à 40 cm | LC |
| Petit-duc scops | « Tioup » toutes les 2 à 3 secondes | 16 à 20 cm | LC |
| Grand-duc d’Europe | « Ououho » profond, portant loin | 60 à 75 cm | LC |
| Hibou des marais | « Côk côk côk » en crescendo puis decrescendo | 37 à 38 cm | VU |
| Chevêchette d’Europe | Note flûtée et aiguë répétée régulièrement, « tioup tioup » | 16 à 17 cm | NT |
| Chouette de Tengmalm | Suite de notes claires « pou pou pou », souvent 6 ou 7 | 21 à 28 cm | LC |
Pour tout savoir sur les sons entendus après le coucher du soleil, y compris ceux d’oiseaux qui ne sont pas des rapaces (rossignol, engoulevent, œdicnème), consultez les guides spécialisés comme les fiches voix d’oiseaux.net ou les enregistrements de xeno-canto.
Pourquoi les rapaces crient-ils ?
La Station ornithologique suisse rappelle que les rapaces qui crient de façon répétée sont le plus souvent des jeunes récemment envolés. Pendant les semaines qui suivent la sortie du nid, ils restent en contact vocal permanent avec leurs parents et réclament la nourriture. Un rapace qui crie sans cesse près d’une maison en juillet n’a donc, dans la grande majorité des cas, pas besoin d’aide. Les autres fonctions des cris sont :
- la défense du territoire au retour de migration ou à la formation du couple (milans, bondrée, buse) ;
- la parade nuptiale, souvent en vol, avec des cris plus rythmés (épervier, faucon pèlerin, busards) ;
- l’alarme quand un intrus approche de l’aire (autour, pèlerin, busard Saint-Martin) ;
- le contact entre partenaires, et la relève au nid lors du passage de proie.
Si vous trouvez un jeune rapace au sol, sans blessure apparente et déjà emplumé, éloignez-vous : les parents continuent généralement à le nourrir. Contactez un centre de soins de la faune sauvage seulement s’il est blessé ou en danger immédiat.
Quand écouter les rapaces
La meilleure période pour entendre les rapaces diurnes va de février à juillet. Les parades commencent dès la fin de l’hiver chez le faucon pèlerin et la buse. Les migrateurs comme les milans noirs, les bondrées et les circaètes arrivent entre mars et mai et crient à l’installation. De juin à août, ce sont les jeunes qui donnent de la voix. En automne et en hiver, la plupart des rapaces diurnes se taisent. Chez les rapaces nocturnes, la chouette hulotte et le grand-duc chantent beaucoup en automne et en hiver, le moyen-duc à la fin de l’hiver, le petit-duc en été. Tous les rapaces de France sont des espèces protégées par l’arrêté du 29 octobre 2009 : n’utilisez pas d’enregistrements pour les attirer près de leur nid.
Questions fréquentes
Quel est le cri du rapace ?
Chaque rapace a son propre cri. Le plus souvent entendu en France est le miaulement plaintif de la buse variable, un « kiiaaaahh » aigu qui descend à la fin. Le faucon crécerelle lance des « ki-ki-ki » rapides, les milans sifflent et les rapaces nocturnes ululent ou chuintent. Le tableau d’identification de cette page résume les principaux cris.
Comment s’appelle le cri de l’aigle ?
On dit que l’aigle glatit : le Larousse définit glatir comme « crier, en parlant de l’aigle », du latin glattire, japper. Le verbe trompeter s’emploie aussi pour l’aigle. Le cri de l’aigle royal, un « kyak » sonore lancé en séries, ressemble justement à un jappement. Il n’est entendu qu’en période de reproduction.
Comment appelle-t-on le cri du faucon ?
La langue courante n’emploie pas de verbe particulier pour le faucon : on parle simplement de son cri. Pour le faucon crécerelle, il s’agit d’une série aiguë de « ki-ki-ki ». Le faucon pèlerin lance des cris traînants près de son aire, des « tsick » brefs en vol et une alarme en « kré kré kré » éraillés quand il est dérangé.
Quel bruit fait un faucon ?
Le faucon crécerelle, le plus commun, émet un « ki-ki-ki-ki » rapide et perçant, surtout près du nid, de mars à juillet. Le faucon pèlerin produit des cris plus rauques et éraillés. Les faucons sont silencieux le reste de l’année. En chasse, leur vol est presque muet : on les repère au cri ou au vol sur place du crécerelle.
Quel est le cri des rapaces nocturnes ?
Les rapaces nocturnes ululent. La chouette hulotte hulule en deux temps, l’effraie des clochers pousse un chuintement rauque, la chevêche d’Athéna un « wiou » bitonal, le petit-duc un « tioup » régulier et le hibou moyen-duc une note grave répétée. Le grand-duc lance un « ououho » très grave qui porte très loin, surtout autour des falaises et des carrières.
Sources
- Oiseaux.net : Buse variable, voix
- Oiseaux.net : Milan royal, voix
- Oiseaux.net : Milan noir, voix
- Oiseaux.net : Faucon pèlerin, voix
- Oiseaux.net : Épervier d’Europe, voix
- Oiseaux.net : Autour des palombes, voix
- Oiseaux.net : Aigle royal, voix
- Station ornithologique suisse : Les rapaces, pourquoi crient-ils ?
- UICN France, MNHN, LPO, SEOF, ONCFS : Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (2016)
- Larousse : glatir
- Larousse : ululer, hululer
- Xeno-canto : enregistrements de buse variable
- Légifrance : arrêté du 29 octobre 2009