Faucon crécerelle : mâle, femelle, cri, vol et nidification

Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) est le petit rapace roux que vous voyez faire du sur-place au-dessus des talus et des prairies, ailes battantes et queue déployée. Il mesure 32 à 35 cm pour environ 200 g. Le mâle a la tête et la queue gris-bleu, la femelle est entièrement rousse et barrée de noir. Son cri le plus courant est une série rapide et aiguë de « ki-ki-ki-ki ». C’est une espèce protégée, classée quasi menacée en France.
Carte d’identité du faucon crécerelle
Ce faucon élancé a de longues ailes pointues, à l’extrémité brun foncé, et une longue queue arrondie. Le dessus est roux, tacheté de brun-noir, le dessous crème strié et tacheté de sombre. Une « moustache » noire descend sous l’œil, cerclé de jaune comme la cire du bec. Les pattes sont jaunes et les ongles noirs. Mâle et femelle ne se ressemblent pas, et le plumage ne change pas selon la saison.
| Critère | Faucon crécerelle |
|---|---|
| Longueur | 32 à 35 cm (jusqu’à 39 cm selon les sources) |
| Envergure | 68 à 78 cm |
| Poids | Environ 200 g ; la femelle, plus grande, est plus lourde que le mâle |
| Mâle adulte | Tête et queue gris-bleu, queue terminée par une large bande noire, dos roux peu tacheté |
| Femelle adulte | Tête brun-roux, dos roux nettement barré, queue rousse barrée de noir |
| Juvénile | Proche de la femelle, plumage plus terne et plus rayé |
| Longévité | Jusqu’à 16 ans selon la LPO ; record connu proche de 24 ans |
| Alimentation | Petits rongeurs à 95 %, surtout campagnols |
| Statut légal | Espèce protégée (arrêté du 29 octobre 2009) |
| Liste rouge France (nicheurs, 2016) | Quasi menacée (NT), en déclin |
Faucon crécerelle mâle et femelle : les différences
Le mâle se reconnaît de loin à sa tête gris cendré et à sa queue gris-bleu, terminée par une large bande noire. Son dos roux-châtain vif ne porte que des taches brun-noir éparses, et ses rémiges paraissent noires. La moustache est bien marquée. Sa poitrine crème à roussâtre est striée, avec des taches plus larges sur les flancs. Il est un peu plus petit que la femelle.
La femelle n’a pas de gris, sauf parfois sur la queue des femelles âgées. Tout le dessus est chamois-roux, de la tête à la queue, et plus abondamment barré de noir. Sa queue rousse porte des barres sombres sur toute sa longueur, avec une barre terminale plus large. La moustache est moins nette. Le juvénile ressemble à la femelle, en plus terne et plus rayé. Un jeune mâle n’est identifiable avec certitude qu’à l’apparition du gris dans son plumage.

Le cri du faucon crécerelle
En dehors de la saison de reproduction, le crécerelle est plutôt silencieux. Il devient très bruyant au printemps, au moment des parades et autour du nid. Trois types de cris sont à connaître :
- le cri d’alarme, le plus entendu : une série rapide de notes aiguës et sonnantes, « ki-ki-ki-ki-ki-kik », qui rappelle parfois un cri de pic. Il l’émet en poursuivant une buse, un milan ou une corneille qui passe sur son territoire ;
- le cri de contact du couple : des « kiiih kiiih kiiih » prolongés et perçants, sur un rythme plus lent ;
- les « tsik » territoriaux, brefs et incisifs, lancés en vol ou au posé. Le mâle qui apporte une proie appelle aussi la femelle par de petits « tsic ».
Les jeunes au nid et fraîchement envolés réclament la nourriture par des cris insistants et répétés, au début de l’été. Pour comparer ces sons, la page de l’espèce sur xeno-canto réunit des enregistrements de cris d’alarme, de cris de vol et de quémande réalisés en France et en Europe.
Le vol du faucon crécerelle : le « Saint-Esprit »
Le crécerelle est connu pour son vol stationnaire de chasse, appelé vol en « Saint-Esprit ». Il se maintient immobile entre 10 et 40 m de hauteur, tête fixe et inclinée vers le sol, ailes battant rapidement et queue étalée. Il le pratique même sans vent, là où il manque de perchoirs. Dès qu’il repère une proie, il fonce vers le sol par une descente oblique ou un bref piqué, la saisit dans ses serres et l’achève d’un coup de bec.
En déplacement, son vol est plutôt lent, avec des battements peu amples et des glissades. Il est loin de la vitesse du faucon hobereau, qui capture les oiseaux en plein vol après une poursuite rapide. Le crécerelle chasse aussi à l’affût depuis un piquet de clôture, un poteau ou un arbre isolé, de l’aube au crépuscule. Au printemps, les parades donnent lieu à des piqués spectaculaires du mâle et à des poursuites ponctuées de cris.
Alimentation : un chasseur de campagnols
Les petits rongeurs forment environ 95 % de son régime : campagnols des champs et agrestes, souris, mulots. Lorsqu’ils manquent, il capture des lézards, de gros insectes (sauterelles, criquets, carabes, hannetons), des vers de terre et parfois de jeunes passereaux. Des études ont montré qu’il perçoit un rayonnement ultraviolet émis par les déjections des campagnols, ce qui l’aide à repérer les zones où ils abondent.
Il dépèce ses proies sur place ou sur un perchoir habituel. Grand consommateur de rongeurs, il rend service aux agriculteurs, même s’il ne suffit pas à contenir les pullulations de campagnols. Ses années de reproduction les plus réussies coïncident d’ailleurs avec les années riches en rongeurs : le nombre d’œufs pondus varie avec l’abondance des campagnols.
Où voir le faucon crécerelle
Il s’observe partout en France, du littoral jusqu’à environ 3 000 m d’altitude. Il lui faut deux choses : des espaces ouverts à végétation rase pour chasser, et des perchoirs ou des sites de nidification en hauteur. Les campagnes agricoles avec haies et arbres isolés, les prairies, les friches et les bords de route lui conviennent le mieux. Il évite les grands massifs forestiers.
Il s’est aussi installé en ville et dans les villages. Les clochers, les tours, les châteaux, les ponts et les grands bâtiments remplacent pour lui les falaises rocheuses où l’espèce niche naturellement. Les talus des routes et des autoroutes, riches en rongeurs, sont l’endroit le plus facile pour le voir chasser en Saint-Esprit. Pour situer ce rapace parmi les espèces que l’on croise près des maisons, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin.
Reproduction : calendrier et nid
Le faucon crécerelle ne construit pas de nid. C’est le mâle qui cherche le site : le plus souvent un vieux nid de corneille ou de corbeau dans un arbre ou sur un pylône électrique, sinon une cavité ou une corniche de falaise ou de bâtiment. La femelle pond à même le support. Le couple est monogame, et chez les oiseaux sédentaires il reste uni toute l’année, parfois pour la vie. Il se reproduit dès l’âge d’un an.
| Étape | Période ou durée | Détail |
|---|---|---|
| Retour des migrateurs | Mi-février à mi-avril, surtout en mars | Les sédentaires restent sur place |
| Parades | Printemps | Vols en cercles, offrandes de proies, piqués |
| Ponte | Généralement mi-avril | 3 à 6 œufs tachetés de brun-roux, une seule nichée par an |
| Incubation | 27 à 29 jours | Par la femelle, ravitaillée par le mâle |
| Envol des jeunes | 27 à 32 jours après l’éclosion | Duvet blanchâtre puis grisâtre avant les plumes |
| Indépendance | À partir de juillet | Environ 2 mois après l’éclosion |
| Départ des migrateurs | Dès fin août, pic fin septembre | Surtout les oiseaux du nord et de l’est de l’Europe |
La mortalité des jeunes est élevée : 50 à 70 % meurent dans leur première année. Les couples installés dans des bâtiments réussissent mieux leur reproduction que ceux qui nichent dans les arbres ou sur les pylônes. Vous pouvez l’aider en posant un nichoir à crécerelle en haut d’un bâtiment tranquille, d’un pignon ou d’un grand poteau, en milieu ouvert. Nos conseils pour choisir et installer un nichoir rappellent les règles de base : hauteur, orientation et tranquillité.
Migrateur ou sédentaire ?
En France, la plupart des crécerelles sont sédentaires, surtout les mâles adultes. Les populations du nord et de l’est de l’Europe migrent, et certaines passent l’hiver chez nous. D’autres traversent la France, franchissent les montagnes et la Méditerranée, puis le Sahara, pour hiverner jusqu’en Afrique équatoriale. Chaque oiseau voyage seul. Les départs commencent fin août et culminent fin septembre ; les retours s’échelonnent de mi-février à mi-avril.
Vous pouvez donc observer des crécerelles toute l’année dans la plupart des régions françaises. Dans les pays à hiver doux comme la France, les oiseaux sédentaires sont rejoints en hiver par des individus qui fuient les régions plus froides. Plus on descend vers le sud de l’Europe, plus la part des sédentaires augmente. Le crécerelle reste plutôt solitaire hors de la période de nidification.
Ne pas le confondre avec d’autres rapaces
- Faucon crécerellette : plus petit, il niche en colonies dans quelques secteurs du sud de la France. Le mâle a le dos roux uni, sans taches, et pas de moustache. L’espèce est classée vulnérable en France.
- Faucon hobereau : taille voisine, mais queue plus courte, ailes plus aiguës et roux limité au bas-ventre. Il chasse les oiseaux en vol rapide.
- Épervier d’Europe : même taille, mais ailes larges et arrondies au bout et longue queue droite. Il chasse les petits oiseaux en surgissant au ras des haies.
- Faucon pèlerin : nettement plus grand et plus massif, dos gris ardoise, large moustache noire.
Le busard, autre rapace des plaines, vole bas en rasant les cultures, ailes relevées en V : notre fiche pour identifier le busard Saint-Martin détaille ses critères.
Protection et menaces
Le faucon crécerelle est intégralement protégé en France par l’arrêté du 29 octobre 2009. Il est interdit de le tuer, de le capturer, de le détenir, de détruire ses œufs ou son nid, et de le perturber intentionnellement pendant la reproduction. Sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (2016), il est classé quasi menacé. Le programme de suivi STOC a mesuré un déclin de 19 % de ses effectifs entre 2001 et 2018.
Les causes avancées sont la banalisation des paysages agricoles et l’usage croissant de produits chimiques, qui réduisent ses proies ou l’empoisonnent. La rénovation des vieux bâtiments supprime aussi des cavités de nidification. Malgré sa protection, il est encore parfois tiré par méconnaissance, alors qu’il consomme surtout des rongeurs.
Questions fréquentes
Que faire si je trouve un bébé faucon crécerelle ?
Un jeune couvert de plumes posé au sol près du nid est souvent encore nourri par ses parents : observez-le de loin un long moment avant d’intervenir. S’il est blessé, en danger immédiat ou couvert de duvet, contactez sans attendre un centre de soins pour la faune sauvage. Ne lui donnez ni pain ni lait, et ne le gardez pas chez vous.
Peut-on apprivoiser ou nourrir un faucon crécerelle ?
Non. C’est une espèce protégée : la capture et la détention d’un individu prélevé dans la nature sont interdites, même avec de bonnes intentions. Un oiseau en difficulté doit être confié à un centre de soins agréé, qui le relâchera une fois rétabli. Le nourrissage n’est pas utile : ce faucon chasse lui-même ses rongeurs.
Comment reconnaître une plume de faucon crécerelle ?
Les plumes de queue sont les plus caractéristiques. Chez le mâle, elles sont gris-bleu avec une large bande noire près de l’extrémité. Chez la femelle et le jeune, elles sont rousses, barrées de noir sur toute leur longueur, avec une barre terminale plus large. Les grandes plumes de l’aile sont brun foncé à noirâtres.
Le faucon crécerelle attaque-t-il les oiseaux du jardin ?
Rarement. Les passereaux ne représentent qu’une faible part de son régime, surtout des jeunes ou des oiseaux affaiblis, quand les rongeurs manquent. Le rapace qui chasse les mésanges et les moineaux aux mangeoires est presque toujours l’épervier d’Europe, reconnaissable à ses ailes courtes et arrondies et à sa queue longue et droite.
Sources
- LPO : fiche Faucon crécerelle
- Oiseaux.net : Faucon crécerelle, Falco tinnunculus
- Observatoire des oiseaux des jardins (LPO, MNHN) : fiche Faucon crécerelle
- UICN France, MNHN, LPO : Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (2016)
- Arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés
- Xeno-canto : enregistrements de Falco tinnunculus