Oiseaux du jardin

Nid d’hirondelle : rustique ou de fenêtre, cris, loi et nichoirs

Julie Panier27 octobre 202613 min
Hirondelle rustique adulte posée sur son nid de boue contre une poutre, avec ses oisillons au bec ouvert

Un nid d’hirondelle est une construction de boulettes de boue mêlées de salive, collée contre un mur ou une poutre. En France, deux espèces le bâtissent sur nos maisons : l’hirondelle rustique fait une coupe ouverte à l’intérieur des granges, des étables et des garages, l’hirondelle de fenêtre une boule fermée sous les avant-toits, à l’extérieur. Ces nids sont protégés par la loi, même vides et en hiver : les détruire est un délit. Le « nid d’hirondelle » vendu en Asie comme mets de luxe est un autre objet, fabriqué par des martinets d’Asie du Sud-Est, les salanganes.

Nid d’hirondelle rustique ou de fenêtre : comment les distinguer

La LPO compte cinq espèces d’hirondelles observables en France. Deux seulement nichent couramment sur les bâtiments habités. L’hirondelle de rochers, plus trapue, bâtit un nid semblable à celui de l’hirondelle de fenêtre, mais sur les falaises de montagne et plus rarement sous les toitures de grands édifices. Le tableau ci-dessous permet d’identifier un nid d’après sa forme et son emplacement, sans voir l’oiseau.

CritèreHirondelle rustiqueHirondelle de fenêtre
Nom scientifiqueHirundo rusticaDelichon urbicum
EmplacementÀ l’intérieur : étable, écurie, grange, garage, remiseÀ l’extérieur : sous un avant-toit, une corniche, un balcon, dans l’angle d’une fenêtre
FormeDemi-coupe ouverte sur le dessus, contre une poutre ou un murQuart de sphère fermé, avec une petite entrée en haut
SupportPoutre, solive, gros clou, petite consoleMur vertical rugueux, toujours sous un rebord
MatériauxBoue, brindilles et paille, garni d’herbes, de plumes et de crinsBoue et salive, garni de brins végétaux et de plumes
GroupementCouples isolés ou quelques nids dans le même bâtimentColonies, nids souvent collés les uns aux autres
MilieuFermes et villages rurauxVilles et villages
Liste rouge France (2016)Quasi menacéeQuasi menacée

En cas de doute, observez les adultes. La rustique a la gorge rouge brique et deux longs filets à la queue ; la fenêtre a le ventre et le croupion blancs, et une queue courte. Notre fiche sur l’hirondelle de fenêtre et ses différences avec la rustique détaille tous les critères d’identification.

Le nid de l’hirondelle rustique

L’hirondelle rustique cherche un espace abrité et calme, accessible en permanence par une porte ouverte, une lucarne ou un carreau cassé. Les étables ont sa préférence : la chaleur des vaches ou des chevaux tiédit la couvée, et les animaux attirent les mouches qu’elle capture. Le couple construit ensemble, avec de la boue prélevée au bord des flaques et des mares. Les boulettes déposées une à une donnent au nid son aspect granuleux ; des brindilles sèches noyées dans la boue lui donnent sa cohésion.

Oiseaux.net décrit un nid en demi-coupe d’une vingtaine de centimètres de large pour une dizaine de hauteur, placé juste sous le plafond qui le protège. L’analyse d’un nid, publiée par la revue La Hulotte, a compté 212 grammes de terre sèche, 2 224 radicelles et plus de 1 100 voyages pour le bâtir. Par beau temps, huit jours suffisent. L’intérieur est tapissé d’herbes sèches, de plumes et de crins.

  • Ponte : 4 ou 5 œufs le plus souvent, blancs rosés pointillés de brun, de fin avril à août.
  • Couvaison : 13 à 16 jours selon Oiseaux.net, 14 à 15 jours selon la LPO, surtout par la femelle.
  • Séjour au nid : environ trois semaines ; la LPO indique un envol entre 19 et 21 jours.
  • Nombre de nichées : deux, parfois trois dans la saison.
  • Réutilisation : le nid est restauré et réoccupé d’une année sur l’autre ; les couples se disputent les meilleurs nids au retour de migration.

Le nid de l’hirondelle de fenêtre

Espèce des falaises à l’origine, l’hirondelle de fenêtre a besoin d’un accès direct au ciel : son nid est toujours à l’extérieur, plaqué contre un mur vertical, sous un rebord qui le protège de la pluie. Le mâle apporte les boulettes de boue, la femelle les met en forme. Le résultat est une demi-sphère fermée dont l’entrée, étroite, est placée en haut, ce qui limite les visites des autres passereaux. Une colonie peut aligner des dizaines de nids le long d’une même gouttière.

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La femelle y pond le plus souvent 3 à 5 œufs blancs. Les jeunes déjà envolés reviennent dormir dans le nid avec leurs parents. Les nids intacts sont réoccupés plusieurs années de suite, ce qui épargne aux oiseaux une construction complète au retour d’Afrique. Le moineau domestique, sédentaire, s’installe parfois dans ces nids avant le retour des hirondelles. Le rougequeue noir, la bergeronnette grise ou le troglodyte occupent aussi, à l’occasion, les nids de la rustique.

Pourquoi un nid d’hirondelle tombe ou n’est pas construit

Un nid de boue ne tient que sur un support qui l’accroche. La LPO cite les structures modernes, crépis lisses et poutres métalliques, parmi les causes du déclin des deux espèces : la boue y adhère mal et l’ouvrage se décroche. Le manque de boue joue aussi : par temps sec, les flaques disparaissent et la construction s’arrête. Les intempéries dégradent les nids anciens, que les oiseaux réparent ou reconstruisent entièrement au printemps, d’après le Parc naturel régional Livradois-Forez.

La rustique, elle, souffre surtout du manque d’accès. Granges fermées, étables transformées en habitations, portes de garage hermétiques : sans ouverture permanente, elle ne peut plus entrer. Pour la rustique comme pour la fenêtre, la LPO relève en outre la raréfaction des insectes liée aux pesticides et à la disparition des haies, des mares et des prairies. Depuis 1989, la LPO estime le déclin à 39 % pour l’hirondelle de fenêtre et à 42 % pour la rustique en France.

Le cri de l’hirondelle et son chant

Près d’un nid, ce sont les cris qui signalent les hirondelles avant même qu’on les voie. Chaque espèce a les siens, et ils aident à savoir qui occupe le bâtiment.

  • Hirondelle rustique : un « vit » ou « uit » bref, isolé et souvent lancé en vol, parfois enchaîné en petites strophes « tsi di dit ». Le cri d’alarme est un « tsivitt » énergique, répété tant que le danger persiste : chat dans la grange, épervier ou faucon en approche.
  • Chant de la rustique : un long gazouillis grasseyant mais mélodieux, mêlé de notes reprises des cris. Le mâle, qui revient le premier au printemps, chante dès son arrivée près du site de nid, puis tout l’été depuis un fil ou une poutre.
  • Hirondelle de fenêtre : un « prrrit » roulé, plus bas, très souvent émis en vol au-dessus des toits. L’alarme est un « tsiu » étiré. Son chant, babillé près du nid, ressemble à celui de la rustique en moins sonore.

Ne confondez pas ces cris avec les « srii » stridents des martinets noirs, qui filent en bandes au ras des toits les soirs d’été. Les martinets ne bâtissent pas de nid de boue : ils nichent dans des cavités sous les tuiles ou dans les murs. Les pages de xeno-canto citées en fin d’article proposent des enregistrements des deux hirondelles.

Est-il interdit de détruire un nid d’hirondelle ?

Oui. Les hirondelles sont protégées par l’article L411-1 du code de l’environnement, issu de la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature, et par l’arrêté du 29 octobre 2009 qui fixe la liste des oiseaux protégés. Les hirondelles rustique, de fenêtre, de rivage, de rochers et rousseline relèvent de l’article 3 de cet arrêté, la protection la plus complète. Sont interdits en tout temps et en tout lieu :

  • la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des œufs et des nids, qu’ils soient occupés ou non ;
  • la destruction, la capture ou l’enlèvement des oiseaux ;
  • la perturbation intentionnelle des oiseaux pendant la reproduction et l’élevage des jeunes ;
  • la destruction ou la dégradation de leurs sites de reproduction et de repos.

Un nid vide en hiver reste donc protégé. Les sanctions figurent à l’article L415-3 du même code : depuis la loi d’orientation agricole du 24 mars 2025, les atteintes commises intentionnellement ou par négligence grave sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. Les autres atteintes relèvent d’une amende administrative de 450 € au plus, que l’administration peut remplacer par un stage de sensibilisation hors récidive. Si vous assistez à une destruction, la LPO conseille de prévenir l’Office français de la biodiversité (OFB), plus spécialisé que la gendarmerie, et de prendre des photos en attendant l’agent.

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Travaux, salissures, déplacement : que faire d’un nid gênant ?

Un ravalement, une isolation par l’extérieur ou une toiture à refaire ne justifient pas à eux seuls l’enlèvement d’un nid. La procédure passe par une dérogation préalable : la demande se fait auprès de la DREAL de votre région (la DRIEAT en Île-de-France), et la préfecture répond par un arrêté qui impose souvent des conditions. Comptez plusieurs mois de délai, selon la fiche juridique de la LPO. Voici les étapes recommandées :

  1. Contre les fientes, fixez une planche ou un revêtement plastifié à 40-50 cm sous les nids, comme le préconise la LPO : elle retient aussi les jeunes qui tombent pendant les nourrissages.
  2. Programmez les travaux pendant l’absence des oiseaux. La LPO situe la période favorable de septembre à mars ; les hirondelles sont globalement présentes de février à septembre.
  3. Si les nids ne peuvent pas être conservés, déposez la demande de dérogation avant le chantier et proposez des mesures de compensation.
  4. Après les travaux, posez des nids artificiels à l’emplacement exact de l’ancienne colonie, fixés au bardage ou à l’enduit isolant.
  5. Ne bouchez pas les espaces où les hirondelles nichaient, pour qu’elles puissent y reconstruire.

Le déplacement d’un nid de boue intact n’est pas une solution : il se brise presque toujours, et l’opération reste soumise à la même dérogation. Nettoyer un nid naturel occupé les années précédentes revient à le dégrader, ce qui est interdit. Les nids artificiels, en revanche, peuvent être décrochés et nettoyés en hiver, puis remis en place avant le retour des oiseaux.

Installer un nid artificiel pour hirondelles

Les nids artificiels en béton de bois imitent la forme naturelle et attirent les hirondelles de retour d’Afrique, surtout à proximité d’une colonie existante. Pour l’hirondelle de fenêtre, Nat’H recommande une pose à 4 m du sol au moins, sous une avancée de toit, un auvent ou un balcon, à l’abri de la pluie battante. Groupez plusieurs nids : l’espèce niche en colonie. Une petite planche placée 30 à 40 cm sous les nids évite les salissures sur la façade.

Pour l’hirondelle rustique, le nid artificiel se pose à l’intérieur d’un bâtiment calme. La LPO donne trois conseils : ménager une ouverture permanente d’au moins 12 × 8 cm dans une porte ou un carreau, ne jamais enfermer les oiseaux en refermant le local, et planter un gros clou, une cheville ou un petit tasseau sur une poutre pour servir d’amorce au nid. Évitez aussi la présence d’un chat dans le local. Dans les deux cas, une flaque de terre humide entretenue au printemps fournit la boue nécessaire. Notre guide pour choisir et installer un nichoir présente les autres modèles du jardin.

Le nid d’hirondelle comestible : un nid de salangane

Le mets que l’on appelle « nid d’hirondelle » en cuisine chinoise et vietnamienne n’est pas fait par des hirondelles. Il est produit par des salanganes, des martinets d’Asie du Sud-Est qui collent leur nid contre les parois des grottes avec un mucus sécrété par leurs glandes salivaires. Une seule espèce, la salangane à nid blanc (Aerodramus fuciphagus), bâtit un nid entièrement consommable, blanchâtre et translucide. Les autres mêlent la salive à des plumes ou à des végétaux, ce qui impose un long nettoyage.

Les nids sont récoltés dans les grottes de Bornéo, de Thaïlande ou du Viêt Nam, et de plus en plus dans des maisons à salanganes construites pour les accueillir. L’Indonésie fournirait 70 % de la production mondiale. Les nids de nos hirondelles, faits de boue et de paille, ne sont évidemment pas comestibles. En cuisine, le nid de salangane est trempé dans l’eau tiède pour retirer plumes et impuretés, puis cuit longuement, jusqu’à trois heures, avant d’entrer dans des soupes ou des desserts.

Questions fréquentes sur le nid d’hirondelle

Est-ce que le nid d’hirondelle se mange ?

Le nid de nos hirondelles, fait de boue, de paille et de plumes, ne se mange pas. Le « nid d’hirondelle » de la cuisine asiatique est le nid de salanganes, des martinets d’Asie du Sud-Est, construit presque uniquement avec leur salive séchée. Réhydraté et cuit, il se défait en fibres gélatineuses servies en soupe ou en dessert.

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Est-il interdit de détruire les nids d’hirondelles ?

Oui, en tout temps, même quand le nid est vide et que les oiseaux sont en Afrique. L’arrêté du 29 octobre 2009 interdit la destruction et l’enlèvement des nids, et l’article L415-3 du code de l’environnement punit les atteintes intentionnelles de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. Seule une dérogation préfectorale obtenue avant les travaux autorise un enlèvement.

Quel est le prix d’un nid d’hirondelle ?

Il s’agit du nid comestible de salangane. Les nids blancs sauvages, les plus recherchés, peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros le kilo, selon Wikipédia. Un nid pèse une dizaine de grammes. Les prix varient selon la couleur, la propreté et l’origine, sauvage ou issue de maisons à salanganes.

Où font leur nid les hirondelles ?

L’hirondelle rustique niche à l’intérieur des bâtiments agricoles et des garages, sur une poutre ou un clou, à condition d’y entrer en permanence. L’hirondelle de fenêtre colle son nid à l’extérieur, sous les avant-toits et les balcons des villes et des villages. L’hirondelle de rochers niche sur les falaises de montagne.

Combien pèse un nid d’hirondelle ?

Un nid d’hirondelle rustique analysé pour la revue La Hulotte contenait 212 grammes de terre sèche, auxquels s’ajoutent radicelles, herbes et plumes. Cela représente plus de 1 100 allers-retours des deux adultes. Le nid comestible de salangane, fait de salive, ne pèse qu’une dizaine de grammes.

Quand les hirondelles reviennent-elles à leur nid ?

Les hirondelles rustiques arrivent dès la fin février dans le sud de la France, et surtout de mi-mars à avril ailleurs. L’hirondelle de fenêtre revient surtout en avril. Fidèles à leur site, elles réparent le nid de l’année précédente s’il est intact. Le calendrier complet est détaillé dans notre article sur la migration des hirondelles.

Sources

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