Cri d’oiseau nocturne : identifier qui crie la nuit

Un cri d’oiseau nocturne entendu en France vient le plus souvent d’un rapace nocturne : la chouette hulotte (hululement tremblé ou « kiwit » aigu), l’effraie des clochers (chuintement rauque et strident), le hibou moyen-duc (note grave répétée) ou le petit-duc scops (« bip » régulier en été). Une vraie mélodie en pleine nuit vient plutôt d’un rossignol philomèle ou d’un rouge-gorge éclairé par un lampadaire. Un long trille mécanique au crépuscule, au-dessus d’une lande, trahit l’engoulevent d’Europe. Pour trancher, notez le type de son, son rythme, la saison et le milieu, puis comparez avec le tableau ci-dessous.
Tableau : quel oiseau crie la nuit selon le son entendu
Ce tableau classe les oiseaux que l’on entend le plus souvent la nuit en France métropolitaine. Les transcriptions entre guillemets sont celles des guides ornithologiques (oiseaux.net, LPO) ; elles restent approximatives et rien ne remplace l’écoute d’un enregistrement. La colonne « saison » indique la période où l’espèce est la plus sonore, pas sa seule période de présence.
| Son entendu | Espèce probable | Saison la plus sonore | Milieu |
|---|---|---|---|
| Hululement « ouuuu » prolongé, puis « ou… ou ou ou » chevrotant | Chouette hulotte (mâle) | Automne et fin d’hiver, toute l’année | Bois, parcs, grands jardins arborés |
| « Kiwit » aigu et puissant, isolé ou en série | Chouette hulotte (femelle) | Toute l’année | Bois, parcs, villages arborés |
| Chuintement rauque, éraillé, prolongé, souvent en vol | Effraie des clochers | Printemps et été | Villages, fermes, églises, bocage |
| Note grave et douce, répétée à intervalles réguliers | Hibou moyen-duc (mâle) | Fin d’hiver, surtout mars | Haies, bosquets, conifères en campagne |
| Grincement de « balançoire rouillée », toute la nuit | Jeunes hiboux moyens-ducs | Juin-juillet | Haies, bosquets, vergers |
| « Tioup » sonore répété toutes les 2 à 3 secondes | Petit-duc scops | Printemps et été | Villages et parcs du sud de la France |
| « Wiou » bitonal ou « haaah » montant et interrogatif | Chevêche d’Athéna | Printemps, dès le crépuscule | Vergers, prairies, abords de villages |
| « Ououho » très grave, portant loin | Grand-duc d’Europe | Automne et hiver | Falaises, carrières, gorges |
| Trille roulé et continu, comme un moteur | Engoulevent d’Europe | Fin avril à l’été, au crépuscule | Landes, coupes forestières, pinèdes |
| « Uit » sonore et plaintif, proche d’un courlis | Œdicnème criard | Printemps et été, à la tombée de la nuit | Cultures, friches caillouteuses |
| Chant puissant et très varié, avec des notes flûtées | Rossignol philomèle | Mi-avril à juin | Haies épaisses, fourrés, bords de rivière |
| Chant fluide et mélancolique sous un lampadaire | Rouge-gorge familier | Automne, hiver et printemps | Jardins et rues éclairés |
Un cri régulier qui fait « bip » la nuit
Une note unique, répétée sans varier comme un sonar ou un détecteur de fumée, oriente vers deux espèces. Dans le sud de la France, de la Provence à l’Aquitaine, il s’agit le plus souvent du petit-duc scops, un hibou de 16 à 20 cm qui passe l’hiver en Afrique. Son « tioup » revient toutes les 2 à 3 secondes, parfois pendant des heures, et deux oiseaux d’un même couple peuvent chanter en duo avec des notes légèrement décalées. Il chante dans les platanes des places de village, les parcs et les jardins arborés.
Plus au nord, ou à la fin de l’hiver, une note grave et feutrée répétée à intervalles réguliers vient plutôt du hibou moyen-duc. Le mâle chante surtout en mars, au moment de la formation des couples, et son chant porte à plus d’un kilomètre. Ce chant cesse presque dès que la femelle pond, ce qui rend la période d’écoute courte.
Attention au crapaud accoucheur (alyte) : son appel flûté, bref et régulier ressemble beaucoup au chant du petit-duc. Le crapaud chante depuis le sol, souvent près d’un muret, d’un tas de pierres ou d’un point d’eau, alors que le petit-duc chante perché dans un arbre.
Un cri strident ou effrayant la nuit
Les cris qui font sursauter dans l’obscurité viennent surtout de trois sources. L’effraie des clochers pousse un long chuintement éraillé, sorte de cri rauque et soufflé que les guides jugent intraduisible. Elle le lance surtout en vol, en quittant son gîte à la tombée de la nuit puis en circulant sur son territoire. Ses jeunes au nid réclament la nourriture par des chuintements sonores qui durent toute la nuit en été, souvent depuis un clocher, une grange ou un grenier.
La chouette hulotte femelle lance un « kiwit » aigu et puissant, que le mâle accompagne souvent de son hululement. En fin de printemps et en été, les jeunes hulottes qui viennent de quitter le nid réclament avec des « tchiiit » étouffés, simples ou doublés.
Les jeunes hiboux moyens-ducs, enfin, quémandent en juin et juillet avec des « kiiiih » éraillés. Quand plusieurs jeunes appellent ensemble, le concert évoque de loin une vieille balançoire rouillée ou une porte qui grince. Beaucoup de personnes pensent d’abord à un objet métallique avant de comprendre qu’il s’agit d’oiseaux.
Un oiseau qui chante une vraie mélodie en pleine nuit
Un chant mélodieux à deux ou trois heures du matin n’est presque jamais celui d’un rapace nocturne. Au printemps, dans une haie épaisse ou un fourré au bord de l’eau, pensez au rossignol philomèle. Il arrive d’Afrique vers la mi-avril et chante jour et nuit jusqu’en juin, avec une puissance comparable à celle d’une grive. Son chant alterne des notes flûtées, des trilles et des séries de notes répétées en crescendo. Il devient plus rare dès que les poussins sont au nid.
En ville ou dans un lotissement, toute l’année sauf en plein été, le chanteur nocturne est souvent le rouge-gorge familier. L’éclairage public et le bruit de la journée le poussent à chanter de nuit. Son chant est plus fin et plus mélancolique que celui du rossignol, en phrases descendantes qui semblent ruisseler. Les mâles comme les femelles chantent en hiver pour défendre un territoire d’alimentation.
Le hululement de la chouette hulotte
Le hululement du mâle de chouette hulotte est le cri nocturne le plus connu en France. Il se déroule en deux temps : un « ouuuu » prolongé, montant puis descendant, puis, une à deux secondes plus tard, un « ou… ou ou ou ou » dont la première note est détachée des suivantes. C’est ce chant qui lui a valu son ancien nom de chat-huant. La hulotte est commune partout où il y a de vieux arbres creux, y compris dans les parcs urbains et les grands jardins. Mâle et femelle se répondent souvent : le hululement de l’un, le « kiwit » de l’autre. L’automne est une période très sonore, car les jeunes de l’année cherchent un territoire et les adultes défendent le leur.
Les autres oiseaux qui crient dans l’obscurité
L’engoulevent d’Europe ne crie pas, il « ronronne ». Son chant est un trille roulé, puissant et continu, qui peut durer plusieurs minutes et porte à plusieurs centaines de mètres. On l’entend au crépuscule, de la fin avril à l’été, dans les landes, les pinèdes claires et les coupes forestières. Il est souvent suivi de claquements d’ailes quand le mâle s’envole.
L’œdicnème criard, un oiseau de 40 à 44 cm aux grands yeux jaunes, vit dans les cultures et les friches caillouteuses. Ses « uit » sonores et plaintifs, déclinés en nombreuses variantes, rappellent le courlis cendré, d’où son surnom de « courlis de terre ». Il est surtout actif et bruyant au crépuscule et la nuit.
En octobre et novembre, levez la tête par nuit calme : des grives, dont la grive mauvis, migrent de nuit et lancent de petits cris fins et aigus pour garder le contact. Le grand-duc d’Europe reste rare près des maisons, mais son « ououho » très grave porte loin autour des carrières et des falaises.
Bruits nocturnes qui ne viennent pas d’oiseaux
Certains cris attribués à des chouettes viennent de mammifères ou d’amphibiens. Le renard roux pousse en hiver, pendant la période de reproduction, des cris rauques et des glapissements perçants que l’on compare parfois à un cri humain. Le chevreuil émet des aboiements secs et répétés, surtout à la tombée de la nuit en lisière de bois. Le crapaud accoucheur, déjà cité, produit un « bip » flûté très proche de celui du petit-duc. Dans les jardins, les hérissons font aussi beaucoup de bruit : souffles, reniflements et grognements dans les feuilles mortes. Si le son vient du sol et se déplace lentement, l’hypothèse d’un oiseau perché devient peu probable.
Comment identifier un cri d’oiseau la nuit
Une méthode simple permet d’éliminer la plupart des hypothèses avant même d’écouter des enregistrements :
- Enregistrez le son avec votre téléphone, même de mauvaise qualité. Les applications d’identification sonore, comme BirdNET (développée par le Cornell Lab et l’université de Chemnitz), proposent une espèce à vérifier ensuite.
- Décrivez le rythme : note unique répétée, phrase en deux temps, trille continu, mélodie variée ou cri isolé.
- Notez la saison : un « bip » régulier en juin dans le Midi désigne le petit-duc, la même note en mars en Picardie le moyen-duc.
- Situez le son : depuis un arbre, un bâtiment, le sol ou le ciel.
- Comparez avec les enregistrements de référence de xeno-canto ou des fiches oiseaux.net, qui précisent le lieu et le type de cri.
Pour les oiseaux que vous croisez le jour, notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin reprend les critères visuels et sonores espèce par espèce.
Les rapaces nocturnes sont-ils protégés ?
Toutes les chouettes et tous les hiboux de France sont des espèces protégées par l’arrêté du 29 octobre 2009, qui interdit de les capturer, de les déranger volontairement, de détruire leurs nids et leurs œufs. Leurs sites de reproduction et de repos sont aussi protégés. Les plumes trouvées au sol ne peuvent pas non plus être conservées en toute rigueur, comme l’explique notre page pour identifier une plume d’oiseau. Si un rapace nocturne niche dans votre grenier ou votre grange, laissez-le tranquille jusqu’à l’envol des jeunes et contactez la LPO de votre département en cas de travaux. L’usage de la repasse (diffusion d’un chant enregistré pour attirer l’oiseau) est déconseillé en dehors des suivis scientifiques encadrés, car il dérange les couples.
Questions fréquentes
Quel oiseau pousse des cris la nuit ?
En France, ce sont surtout les rapaces nocturnes : chouette hulotte, effraie des clochers, chevêche d’Athéna, hibou moyen-duc et petit-duc scops. S’y ajoutent l’engoulevent d’Europe et l’œdicnème criard, actifs au crépuscule, ainsi que le rossignol philomèle et le rouge-gorge, qui chantent de nuit. Le rythme et la saison suffisent souvent à départager ces espèces.
Quel oiseau crie de façon stridente la nuit ?
Un cri strident, rauque et soufflé, lancé en vol au-dessus d’un village, désigne presque toujours l’effraie des clochers. Un « kiwit » aigu et sec vient de la chouette hulotte femelle. En juin et juillet, des grincements répétés toute la nuit dans une haie ou un bosquet sont ceux des jeunes hiboux moyens-ducs qui réclament à manger.
Quel oiseau fait un bruit de sonar la nuit ?
Le petit-duc scops émet un « tioup » répété toutes les 2 à 3 secondes, très proche d’un bip électronique. On l’entend du printemps à la fin de l’été, surtout dans la moitié sud de la France. Si le son vient du sol, près d’un muret ou d’une mare, il s’agit plutôt du crapaud accoucheur.
Quels sont les oiseaux qui chantent la nuit ?
Le rossignol philomèle chante jour et nuit de la mi-avril à juin. Le rouge-gorge chante la nuit en ville, près des lampadaires, une grande partie de l’année. Chez les rapaces nocturnes, le hululement de la hulotte, le « tioup » du petit-duc et la note grave du moyen-duc sont considérés comme leurs chants territoriaux.
Quel oiseau nocturne a un cri qui ressemble à celui d’un chat ?
Le cri de la chevêche d’Athéna, un « wiou » bitonal puissant, ou ses « miou » aboyés évoquent parfois un miaulement. La femelle hulotte et la buse variable (de jour) produisent aussi des cris plaintifs proches d’un miaulement. Le nom ancien de la hulotte, chat-huant, rappelle cette ressemblance avec le chat.
Sources
- Oiseaux.net : Chouette hulotte, voix
- Oiseaux.net : Petit-duc scops, voix
- Oiseaux.net : Hibou moyen-duc, voix
- Oiseaux.net : Effraie des clochers, voix
- Oiseaux.net : Engoulevent d’Europe
- Oiseaux.net : Œdicnème criard
- Oiseaux.net : Rossignol philomèle
- LPO : Effraie des clochers
- Xeno-canto : enregistrements de chouette hulotte
- Xeno-canto : enregistrements de petit-duc scops
- Légifrance : arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés