Tarin des aulnes : identification, chant et vie en hiver

Le tarin des aulnes (Spinus spinus) est un petit fringille jaune et vert de 11 à 12,5 cm, à peine plus gros qu’un serin. Le mâle porte une calotte et une bavette noires, la femelle est plus pâle et plus striée. Il niche dans les forêts de conifères du nord de l’Europe et des montagnes, puis arrive en bandes dans toute la France en hiver, où il fréquente les aulnes, les bouleaux et les mangeoires. C’est une espèce protégée.
Identifier le tarin des aulnes : mâle, femelle et juvénile
Le tarin a une silhouette compacte : petite tête, queue courte et nettement fourchue, bec conique mais fin et pointu, adapté à l’extraction des graines dans les cônes et les strobiles. Le dessus est verdâtre strié de noir, le croupion et les côtés de la base de la queue sont jaunes. Sur l’aile fermée, une large bande jaune contraste avec les plumes noires : ce motif reste visible chez tous les plumages et aide à le reconnaître même de dos.
| Critère | Tarin des aulnes |
|---|---|
| Longueur | 11 à 12,5 cm |
| Poids | environ 13 g (12,9 g en moyenne selon le BTO) |
| Mâle adulte | calotte, front et menton noirs ; joues, poitrine, croupion et bande alaire jaune vif ; dos olive strié |
| Femelle | aucun noir sur la tête, jaune plus pâle limité surtout au croupion, dessous blanchâtre très strié |
| Juvénile | encore plus terne et plus strié que la femelle, dos chamois, jaune seulement sur les ailes et la queue |
| Longévité | âge moyen de 2,8 ans, record connu de 13,5 ans |
| Liste rouge France | nicheur : préoccupation mineure (LC) ; hivernant : données insuffisantes (DD) |
| Protection | espèce intégralement protégée (arrêté du 29 octobre 2009) |
Le mâle et sa bavette noire
Le tarin des aulnes mâle se repère d’abord au jaune présent partout dans son plumage, particulièrement vif sur les côtés de la tête, les couvertures des ailes et le croupion. De face, la calotte noire et la petite bavette noire sous le bec le distinguent de tous les autres petits fringilles jaunes. La taille de cette bavette varie d’un individu à l’autre. Vigie-Nature rapporte qu’en hiver, dans les bandes qui se disputent la nourriture, les mâles à la bavette et à la calotte les plus marquées sont dominants : les autres tarins évitent de se nourrir en leur présence, ce qui limite les conflits coûteux en énergie.
La femelle et le jeune tarin
La tarin des aulnes femelle pose plus de problèmes. Elle n’a pas de noir sur la tête, son jaune est pâle et se concentre sur le croupion, et ses flancs blancs sont couverts de stries sombres. Elle garde toutefois la bande alaire jaune, le bec fin et la queue fourchue de l’espèce. Le juvénile, observé en été près des sites de nidification, est encore plus brun et plus strié : le jaune ne subsiste que sur les liserés des plumes de l’aile et de la queue, et deux barres alaires roussâtres sont visibles. Si vous hésitez devant un tel oiseau, le cri et le comportement en groupe lèvent souvent le doute.
Le chant et les cris du tarin des aulnes
Le cri est souvent le premier indice de sa présence. Il s’agit d’un sifflement plaintif « tuui » ou « tsiiu », émis seul comme cri de contact, ou suivi de quelques notes basses, sèches et rapides « tche tche tche », typiques de l’espèce. Sur les mangeoires, les bandes poussent aussi de petits cris dissyllabiques légers et métalliques. En vol, les membres d’une troupe se répondent sans cesse, ce qui permet de les détecter avant même de les voir passer au-dessus des aulnes.
Le chant du tarin des aulnes est un babil rapide de fringille. Il associe gazouillis, roulades, notes grinçantes et imitations de cris d’autres oiseaux. Il n’a pas de transcription courante. Il s’entend surtout de fin février à l’été, lorsque le mâle parade au-dessus de son territoire d’un vol rapide aux battements raides, comme mécaniques. En fin d’hiver, les mâles d’une troupe posée dans un même arbre chantent souvent ensemble : le concert qui en résulte, dense et mélodieux, s’entend jusque dans les jardins avant le départ vers les sites de nidification. Pour écouter des enregistrements vérifiés, consultez la page de l’espèce sur xeno-canto (lien dans les sources).
Où vit le tarin des aulnes ?
Le tarin niche dans les forêts de conifères : pessières surtout, mais aussi sapinières, pinèdes et mélézins, ainsi que dans des boisements humides d’aulnes et de bouleaux. Dans le nord de l’Europe, il occupe les plaines ; plus au sud, c’est un oiseau de montagne. En France, Vigie-Nature indique des populations nicheuses dans le Jura, les Alpes, les Pyrénées et en Corse, et quelques noyaux sédentaires en plaine. La femelle construit le nid haut dans un conifère, souvent vers 20 m de hauteur, ce qui rend la reproduction très discrète. Une vieille légende germanique raconte d’ailleurs que le tarin cache dans son nid une pierre qui le rend invisible.
Le tarin des aulnes en hiver
L’hiver, la situation change : les tarins de Scandinavie et de Russie, majoritairement migrateurs, descendent vers l’Europe de l’Ouest et du Sud, et les oiseaux de montagne gagnent les plaines. Le tarin des aulnes en hiver se déplace alors en bandes compactes de quelques individus à quelques dizaines, souvent mêlées à des sizerins, des chardonnerets ou des verdiers. Les effectifs varient fortement d’une année à l’autre selon l’abondance des graines dans le nord : certains hivers, les tarins sont nombreux partout, d’autres ils restent rares. Ils arrivent généralement à l’automne et repartent au printemps, d’où le calendrier ci-dessous.
| Période | Ce que vous pouvez observer en France |
|---|---|
| Automne et hiver | bandes hivernantes dans les aulnes, les bouleaux et aux mangeoires, en plaine comme en ville |
| Fin de l’hiver | chants en chœur des mâles dans les troupes, puis départ vers les sites de nidification |
| Fin février à août | reproduction dans les conifères d’altitude, deux couvées en moyenne |
| Été | juvéniles très striés près des forêts de montagne ; en plaine, seuls quelques couples sédentaires restent |
Que mange le tarin des aulnes ?
Le tarin est avant tout granivore, et son nom vient de sa préférence hivernale pour les graines d’aulne. Son régime varie selon la saison :
- en hiver : graines d’aulnes et de bouleaux, prises directement dans les strobiles, et graines de conifères ;
- au printemps et en été : graines de nombreux arbres et plantes herbacées, bourgeons et petits fruits ;
- pour les jeunes et en saison de nidification : une part d’invertébrés, notamment insectes, larves et araignées ;
- au jardin : graines de tournesol, surtout décortiquées, et petites graines dans les mangeoires suspendues.
Pour atteindre les graines au bout des rameaux, le tarin adopte des postures acrobatiques, la tête en bas, à la manière d’une mésange. Le succès de la reproduction dépend de la fructification des conifères : une bonne année de cônes donne des nichées nombreuses.
Reproduction et nidification
La saison de reproduction s’étale de fin février à août. Le tarin est monogame et niche isolément ou en petites colonies lâches. La femelle bâtit seule le nid avec des brindilles, des herbes, des mousses et des lichens, puis le tapisse de poils et de plumes ; le mâle apporte quelques matériaux. Les étapes chiffrées par oiseaux.net et le BTO sont les suivantes :
- ponte de 3 à 5 œufs blanc bleuté légèrement tachetés de roux ;
- incubation par la femelle seule pendant 12 à 13 jours ;
- nourrissage des jeunes au nid par les deux parents pendant environ 14 jours ;
- deux couvées par an en moyenne.
L’écureuil roux fait partie des prédateurs occasionnels des œufs et des poussins. Le tarin ne s’installe pas dans les nichoirs : en dehors des massifs montagneux, vous l’observerez donc surtout de l’automne au printemps.
Ne pas confondre : serin cini, chardonneret et verdier
Plusieurs petits oiseaux jaunes ou verts fréquentent les mêmes mangeoires. Voici les critères qui permettent de trancher :
- Serin cini : allure de canari comparable, mais pas de bavette noire, bec plus court et plus massif, pas de large bande alaire jaune. Dans la moitié nord de la France, il est présent d’avril à octobre : un petit oiseau jaune vu en plein hiver est donc plus probablement un tarin.
- Verdier d’Europe : nettement plus gros, bec épais et rosé, plumage vert uni sans stries sur le ventre chez le mâle.
- Chardonneret élégant : il accompagne souvent les bandes de tarins, mais son masque rouge et ses ailes noires à barre jaune le rendent facile à séparer.
- Sizerin flammé : brun strié avec une calotte rouge et une petite bavette noire, sans jaune dans le plumage.
La femelle de tarin reste la plus délicate à identifier ; dans ce cas, fiez-vous à la bande alaire jaune et au cri. Notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin présente les autres espèces de mangeoire.
Attirer le tarin au jardin et le protéger
Le tarin se laisse approcher facilement, mais sa venue dépend surtout de la nourriture disponible dans la nature. Un aulne glutineux ou un bouleau au jardin augmente nettement vos chances de le voir à la fin de l’automne. En période de froid, proposez des graines de tournesol décortiquées et de petites graines dans une mangeoire suspendue : le tarin s’y accroche volontiers, y compris tête en bas. Respectez les règles décrites dans notre article pour nourrir les oiseaux du jardin en hiver : mangeoires propres, nourrissage arrêté progressivement au printemps, pas de pain.
Le tarin des aulnes est intégralement protégé par l’arrêté du 29 octobre 2009 : il est interdit de le capturer, de le détruire, de le perturber intentionnellement, ou de détenir, transporter et vendre un oiseau prélevé dans la nature. La liste rouge de France métropolitaine (2016) le classe en préoccupation mineure comme nicheur, et le classement mondial de l’UICN est également « préoccupation mineure ».
Questions fréquentes sur le tarin des aulnes
Où vit le tarin des aulnes ?
Il niche dans les forêts de conifères du nord de l’Europe et, en France, dans les massifs du Jura, des Alpes, des Pyrénées et de Corse. En hiver, il se disperse dans tout le pays : bords de rivières plantés d’aulnes, bois de bouleaux, parcs et jardins équipés de mangeoires, y compris en ville.
Quelle est la différence entre un serin cini et un tarin des aulnes ?
Le tarin mâle a une calotte et une bavette noires, une large bande jaune sur l’aile et un bec fin et pointu. Le serin cini n’a pas de noir sur la tête, son bec est court et trapu, et ses ailes sont plus ternes. Le serin est surtout présent d’avril à octobre dans la moitié nord, le tarin surtout en hiver.
Que mange le tarin des aulnes ?
Il se nourrit surtout de graines : aulnes, bouleaux et conifères en hiver, graines d’arbres et d’herbacées à la belle saison, complétées par des bourgeons, de petits fruits et des insectes pour les jeunes. Aux mangeoires, il apprécie les graines de tournesol, de préférence décortiquées.
Peut-on acheter ou détenir un tarin des aulnes ?
Un tarin capturé dans la nature ne peut être ni détenu, ni transporté, ni vendu : l’espèce est protégée. Les tarins proposés par des éleveurs sont des oiseaux nés en captivité, et leur détention relève de la réglementation sur les animaux d’espèces non domestiques. Renseignez-vous auprès de la DDPP de votre département avant tout achat.
Le tarin des aulnes est-il migrateur ?
Il est migrateur partiel. Les populations de Scandinavie et de Russie migrent en grande majorité vers l’Europe de l’Ouest et du Sud, tandis que les oiseaux des montagnes françaises descendent simplement en plaine l’hiver. Quelques populations de plaine restent sédentaires. Les arrivées varient beaucoup selon les hivers.
Sources
- Oiseaux.net : fiche Tarin des aulnes
- LPO : fiche espèce Tarin des aulnes
- Vigie-Nature : 4 choses à savoir sur le tarin des aulnes
- BTO BirdFacts : Siskin
- UICN France, MNHN, LPO : Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine
- Légifrance : arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés
- Xeno-canto : enregistrements du Tarin des aulnes