Verdier d’Europe : identification, chant et déclin de l’espèce

Le verdier d’Europe (Chloris chloris) est un fringille trapu de la taille d’un moineau, vert olive chez le mâle, plus brun chez la femelle, avec un gros bec conique couleur chair et une bande jaune vif sur l’aile visible dans tous les plumages. Son chant se repère au printemps à une note nasale et traînante, « djjiiiii », répétée depuis la cime d’un arbre. Commun dans les parcs et jardins, il a pourtant perdu 63 % de ses effectifs en France entre 2001 et 2024 et figure comme « vulnérable » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France.
Carte d’identité du verdier d’Europe
Les mesures ci-dessous reprennent les fiches de la LPO et de l’Observatoire des oiseaux des jardins. Avec 25 à 34 g, le verdier est nettement plus lourd qu’une mésange charbonnière (16 à 21 g), d’où son allure massive à la mangeoire.
| Critère | Verdier d’Europe |
|---|---|
| Nom scientifique | Chloris chloris (famille des fringillidés) |
| Longueur | 14 à 16 cm |
| Envergure | 25 à 27 cm |
| Poids | 25 à 34 g |
| Mâle | Vert olive, poitrine jaune verdâtre, joues et nuque gris cendré, aucune strie |
| Femelle | Brune nuancée d’olive, dos et poitrine finement striés, jaune de l’aile moins étendu |
| Juvénile | Plus brun encore, nettement strié dessus et dessous, dessous gris-blanc |
| Bec | Conique et épais, rose chair à ivoire |
| Longévité | 13 ans au maximum (moyenne observée : 2,7 ans) |
| Liste rouge France (nicheurs, 2016) | Vulnérable (VU) |
| Protection | Espèce protégée (arrêté du 29 octobre 2009) |
Reconnaître le mâle, la femelle et le juvénile
Le dimorphisme sexuel est marqué. Le mâle adulte est jaune-vert olive, plus vif dessous, avec le ventre comme zone la plus jaune. Les joues sont grises et une petite tache sombre entre le bec et l’œil fait ressortir le bec pâle. Sur l’aile fermée, le bord jaune des grandes plumes forme un trait longitudinal très visible. La queue, nettement échancrée, porte du jaune à la base des plumes latérales, ce qui dessine deux taches jaunes de chaque côté quand l’oiseau s’envole.
La femelle a la même silhouette mais un plumage terne : dessus brun à reflets olive, légèrement strié, dessous brunâtre à grisâtre finement strié. Le jaune n’est franc que sur l’aile, la queue et le croupion, en moins grande surface que chez le mâle. Cette bande jaune la distingue de la femelle du moineau domestique, avec qui elle partage les teintes brunes. Le juvénile, visible de juin à l’automne, est le plus strié des trois : dos et ventre rayés, peu de vert. Seule la bande jaune de l’aile et le bec massif permettent de le rattacher à l’espèce sans hésiter.
Chant et cris du verdier
Le chant du verdier se présente sous deux formes, parfois mêlées. La première est un « djjiiiiii » vibrant, étiré et un peu nasal, répété avec de longues pauses : c’est la phrase que l’on entend le plus au printemps dans les quartiers pavillonnaires. La seconde est un chant prolongé de trilles, de sifflements rapides et de gazouillis qui rappelle un canari. Entre les strophes s’intercalent des séries rapides du type « tiu tiu tiu tiu » ou « tsi tsi tsi tsi ».
Le mâle peut chanter dès janvier, depuis un poste élevé (cime d’arbre, antenne) ou en vol nuptial : il plane alors avec des battements d’ailes lents et amples, la queue étalée, pour montrer ses plages jaunes. Le cri de contact est un « djup » bref et énergique, souvent répété en séries qui finissent en petits trilles, et un « dyuit » sonore et montant. En vol, un « tu tu tu tu » sec et rapide accompagne la trajectoire onduleuse typique des fringilles. Des enregistrements de référence sont disponibles sur la page de l’espèce sur xeno-canto.
Les oiseaux qui ressemblent au verdier
Plusieurs petits oiseaux jaunes et verts fréquentent les jardins. Le tableau compare les critères qui tranchent le plus vite.
| Espèce | Taille | Ce qui la distingue du verdier |
|---|---|---|
| Serin cini | Plus petit | Bec minuscule, plumage strié, croupion jaune vif |
| Tarin des aulnes | Plus petit | Bec fin et pointu, calotte noire chez le mâle, flancs striés |
| Bruant jaune | Plus long | Tête jaune, dos strié de brun, croupion roux |
| Femelle de moineau domestique | Proche | Aucune trace de jaune sur l’aile ni sur la queue |
| Chardonneret élégant | Plus petit | Masque rouge, large barre jaune sur aile noire |
Le bec reste le meilleur indice : celui du verdier est épais et pâle, celui du serin cini ou du tarin des aulnes est court ou effilé. Le bruant jaune se reconnaît à son croupion roux. Pour comparer les autres espèces du jardin, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin.
Un déclin de 63 % : la trichomonose en cause
Le suivi Vigie-Nature du Muséum national d’Histoire naturelle mesure une baisse de 63 % des verdiers en France sur la période 2001-2024. Cette chute contraste avec la stabilité observée à l’échelle européenne depuis 1980. L’espèce est classée vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN, MNHN, LPO, 2016). L’intensification agricole, qui réduit les graines sauvages des bords de champs et des friches, est l’une des causes avancées.
La trichomonose est l’autre facteur documenté. Ce parasite (Trichomonas gallinae) vit dans les sécrétions buccales des oiseaux. Il touche d’abord les pigeons et tourterelles, puis les fringilles, verdier en tête, qui se contaminent par l’eau et la nourriture souillées aux mangeoires et aux abreuvoirs. Une épidémie a ainsi frappé les verdiers et chardonnerets hivernant dans le Boulonnais au premier trimestre 2017 : 105 signalements, dont 46 oiseaux morts. Les oiseaux malades restent gonflés, apathiques, et peuvent présenter des lésions jaunâtres dans le bec qui les empêchent de le fermer.
Si vous trouvez un verdier malade ou mort près de vos mangeoires, la LPO conseille de :
- vider les points d’eau et de nourriture et d’arrêter le nourrissage pendant 10 à 15 jours au minimum, pour que les oiseaux se dispersent ;
- brosser les mangeoires et baignoires pour retirer fientes et restes ;
- les désinfecter à l’eau de Javel diluée dans de l’eau froide, puis rincer à l’eau claire et laisser sécher avant de les réinstaller.
Nid et reproduction
Le mâle chante dès janvier mais les couples ne se forment que fin février ou début mars. La femelle construit seule un nid volumineux de brindilles, de mousse et d’herbes sèches, tapissé de fibres végétales, de poils et de plumes. Elle le place dans un arbuste dense, une haie, un conifère ou un massif de lierre, souvent dans une fourche, entre 1 et 20 m de haut. Le nid est toujours bien camouflé. Le verdier défend peu son territoire, si bien que plusieurs couples nichent parfois à proximité les uns des autres dans un même parc.
| Étape | Période ou durée |
|---|---|
| Premiers chants | Janvier |
| Formation des couples | Fin février à début mars |
| Ponte | 4 à 6 œufs bleu pâle finement tachetés |
| Incubation (femelle seule, nourrie par le mâle) | 13 jours environ |
| Séjour des jeunes au nid | 13 à 18 jours selon les sources |
| Nombre de couvées | 2 par an, parfois 3 |
Les deux parents nourrissent les poussins, d’abord avec des larves d’insectes, puis avec des graines régurgitées à partir du cinquième au septième jour. Les corvidés (geai, pie, corneille) sont les principaux prédateurs des œufs et des oisillons.
Alimentation et accueil au jardin
Le verdier est granivore : graines de nombreuses plantes herbacées et ligneuses, bourgeons, petits fruits dont il rejette la pulpe pour garder les pépins. Son bec puissant casse des graines dures comme le maïs. Au printemps, il capture des insectes pour nourrir ses jeunes. En hiver, il forme des groupes de plusieurs dizaines d’oiseaux dans les champs avec pinsons et linottes, et passe la nuit en dortoirs dans de grands arbres. La plupart des verdiers de France sont sédentaires. Des oiseaux scandinaves et russes viennent passer l’hiver chez nous.
Pour l’attirer et le garder en bonne santé :
- proposez des graines de tournesol noir, qu’il préfère, sur une mangeoire à plateau ou au sol ;
- multipliez les points de nourrissage : le verdier chasse volontiers les autres oiseaux de la mangeoire ;
- nettoyez régulièrement mangeoires et abreuvoirs et renouvelez souvent l’eau pendant la saison de nourrissage ;
- plantez des arbustes au feuillage dense ou persistant (conifères, aubépine, églantier, charmille, lierre) où il pourra nicher ;
- laissez monter en graines un coin de friche : les graines de plantes sauvages forment l’essentiel de son régime naturel.
Le calendrier et les bons aliments sont détaillés dans notre guide pour nourrir les oiseaux du jardin en hiver. Le pinson des arbres, autre fringille, fréquente les mêmes postes de nourrissage.
Questions fréquentes sur le verdier d’Europe
Le verdier d’Europe est-il rare ?
Il reste présent dans toutes les régions de France et visible dans les jardins toute l’année, mais il se raréfie vite. Ses effectifs ont baissé de 63 % entre 2001 et 2024 selon Vigie-Nature, et l’espèce est classée vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France depuis 2016. Elle est intégralement protégée : capture, détention et vente sont interdites.
Où le verdier fait-il son nid ?
Dans la végétation dense : arbuste touffu, haie, conifère, lierre grimpant sur un mur ou un tronc, plante grimpante. Le nid est posé dans une fourche, entre 1 et 20 m de hauteur, et soigneusement caché. Le verdier n’utilise pas les nichoirs à trou d’envol des mésanges. Une haie variée vaut mieux que n’importe quel nichoir pour l’accueillir.
Comment attirer les verdiers au jardin ?
Des graines de tournesol noir en hiver, des arbustes persistants pour nicher et des plantes sauvages laissées en graines suffisent généralement. Le verdier vient volontiers sur les mangeoires à plateau et au sol, sous la mangeoire. Comme il est sensible à la trichomonose, une hygiène stricte des mangeoires et de l’eau compte autant que la nourriture.
Quel oiseau ressemble au verdier ?
Le serin cini et le tarin des aulnes, plus petits et striés, au bec fin. Le bruant jaune, à tête jaune et croupion roux. La femelle du verdier peut aussi être prise pour une femelle de moineau domestique : la bande jaune sur l’aile et le bec rose chair permettent de les séparer à coup sûr.
Sources
- LPO : fiche Verdier d’Europe
- Oiseaux.net : Verdier d’Europe, Chloris chloris
- Observatoire des oiseaux des jardins : fiche Verdier d’Europe (PDF)
- UICN France, MNHN, LPO : Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (2016)
- LPO Occitanie : les principales maladies des oiseaux du jardin (PDF)
- Chavatte et al. (2019), épidémie de trichomonose chez les verdiers et chardonnerets, revue Parasite
- Xeno-canto : chants et cris du Verdier d’Europe