Hibou moyen-duc : cri, identification et dortoirs d’hiver

Le hibou moyen-duc (Asio otus) est un hibou de 35 à 40 cm, au plumage brun-roux strié de noir, reconnaissable à ses deux longues aigrettes et à ses yeux orange vif. Discret le jour, il se repère surtout à l’oreille : à la fin de l’hiver, le mâle chante une note grave et douce répétée régulièrement, et en juin-juillet ses jeunes poussent des cris grinçants qui évoquent une balançoire rouillée. En hiver, il se rassemble en dortoirs de plusieurs dizaines d’oiseaux dans des conifères, parfois en plein village. C’est une espèce protégée, commune en France mais difficile à voir.
Carte d’identité du hibou moyen-duc
Son plumage est presque identique quel que soit l’âge ou le sexe. Le dessus mêle gris et roux, finement vermiculé de noirâtre, avec une rangée de taches blanches sur les scapulaires. Le dessous, crème à roussâtre, est strié de noir « en arêtes de poisson ». La face porte un disque facial roux bordé de noir et de blanc, avec deux arcs blancs qui forment un V ou un X autour du bec. Les pattes sont emplumées jusqu’aux doigts.
| Critère | Hibou moyen-duc |
|---|---|
| Longueur | 35 à 40 cm |
| Envergure | 90 à 100 cm |
| Poids | Environ 260 à 300 g |
| Yeux | Orange vif, parfois jaunes |
| Aigrettes | Longues, noires bordées de roux et de blanc, dressées au repos, rabattues en vol |
| Mâle | En moyenne un peu plus pâle que la femelle |
| Femelle | En moyenne un peu plus sombre, taille très proche |
| Poussin et juvénile | Duvet gris clair et face noire au nid |
| Longévité | 4,9 ans en moyenne, record proche de 28 ans |
| Statut légal | Espèce protégée (arrêté du 29 octobre 2009) |
| Liste rouge France (nicheurs, 2016) | Préoccupation mineure (LC) |
Le cri du hibou moyen-duc
Le moyen-duc est silencieux la plus grande partie de l’année. Il ne devient vraiment vocal qu’à la période nuptiale, de la fin de l’hiver au début du printemps, avec un pic en mars en plaine. Son répertoire comprend plusieurs sons bien distincts :
- Le chant du mâle : une note grave, douce et un peu étouffée, transcrite « ououuh » par oiseaux.net, répétée à intervalles réguliers de quelques secondes, parfois longtemps. Sa tonalité est nettement plus élevée que celle du grand-duc. Ce chant porte à plus d’un kilomètre en plaine.
- La réponse de la femelle : des « weeeuu » plaintifs, souvent en réponse au chant du mâle.
- Les claquements d’ailes : pendant la parade, le mâle claque bruyamment des ailes en vol entre deux séquences de chant, un comportement très caractéristique de l’espèce.
- Le cri d’alarme : une suite de 2 à 4 « woink » sonores, comme aboyés, poussés près du nid.
- Le cri des jeunes : des « kiiiih » éraillés, répétés toute la nuit pour réclamer à manger.
Le chant cesse presque dès que la femelle commence à pondre, si bien que la fenêtre d’écoute est courte. Pour l’entendre, sortez à la nuit tombée en mars près d’une haie arborée ou d’un bosquet de conifères en campagne, par temps calme.
Le cri du hibou moyen-duc juvénile : la « balançoire rouillée »
C’est le son le plus souvent signalé par les particuliers, en juin et juillet. Les jeunes quittent le nid vers trois semaines, avant de savoir voler, et s’éparpillent dans les branches voisines. À partir de là, ils réclament la nourriture à longueur de nuit par des cris aigus et grinçants. Quand plusieurs jeunes appellent ensemble, le concert rappelle une vieille balançoire rouillée ou une porte qui grince, audible à plusieurs centaines de mètres. Beaucoup d’habitants pensent d’abord à un objet métallique ou à un animal en détresse. Les jeunes ne sont pas abandonnés : leurs parents les nourrissent jusqu’à ce qu’ils volent bien, vers 8 semaines. Il ne faut pas les ramasser, même s’ils semblent posés bas dans une haie.
Où et quand voir le hibou moyen-duc en dortoir hivernal
En hiver, le moyen-duc devient grégaire. À l’approche de la mauvaise saison, les oiseaux se regroupent en dortoirs diurnes pouvant compter plusieurs dizaines d’individus. Les oiseaux sédentaires de France y sont rejoints par des migrateurs venus du nord et de l’est de l’Europe. Les dortoirs se forment le plus souvent dans des conifères denses : bosquets d’épicéas, haies de thuyas, cyprès, ou dans un vieux verger touffu. On en trouve en campagne, mais aussi dans des villages, des parcs ou des jardins, tant qu’une zone de chasse ouverte se trouve à proximité. Les adultes quittent le dortoir à la fin de l’hiver pour regagner leurs sites de reproduction. Dans les mêmes plaines, le busard Saint-Martin forme lui aussi des dortoirs en hiver, mais au sol, dans les friches et les roselières.
Pour observer un dortoir sans déranger les oiseaux, gardez vos distances et utilisez des jumelles. Un moyen-duc inquiet s’étire, colle son plumage au corps, dresse ses aigrettes et ferme à demi les yeux pour se confondre avec l’écorce : c’est le signe qu’il faut reculer. S’il s’envole en plein jour, il se fait souvent harceler par les corneilles. Ne restez pas longtemps, n’approchez pas l’arbre et ne diffusez pas son chant. Les pelotes grises et ovales accumulées au pied de l’arbre trahissent souvent un dortoir.
Hibou moyen-duc ou grand-duc, hibou des marais, hulotte ?
Le tableau suivant reprend les critères qui permettent de séparer le moyen-duc des rapaces nocturnes avec lesquels on le confond le plus souvent. Pour les confusions à l’oreille, notre page sur les cris des rapaces nocturnes compare leurs vocalises.
| Espèce | Taille | Aigrettes | Yeux | Chant |
|---|---|---|---|---|
| Hibou moyen-duc | 35 à 40 cm | Longues, très visibles au repos | Orange | Note grave et douce, répétée |
| Grand-duc d’Europe | 60 à 75 cm, 2,3 à 3 kg | Épaisses, écartées | Orange | « Ououho » profond, beaucoup plus grave |
| Hibou des marais | 37 à 38 cm | Très courtes, rarement visibles | Jaunes, cerclés de noir | « Côk côk côk » en crescendo |
| Petit-duc scops | 16 à 20 cm | Petites, pas toujours visibles | Jaunes | « Tioup » toutes les 2 à 3 secondes |
| Chouette hulotte | 37 à 39 cm | Aucune | Noirs | Hululement en deux temps |
Le grand-duc est près de deux fois plus long et environ dix fois plus lourd que le moyen-duc : posé, il paraît massif. Le hibou des marais pose plus de problèmes en vol, car les deux espèces ont le dessous des ailes pâle avec une tache noire au poignet. Le hibou des marais est plus pâle, surtout sur la face, a le ventre sans stries marquées et un vol plus souple. Il chasse aussi de jour au-dessus des prairies et des marais. Le moyen-duc, lui, rabat ses aigrettes en vol, ce qui le rend méconnaissable.
Habitat, nid et reproduction
Le moyen-duc a besoin de deux éléments : des milieux ouverts pour chasser (prairies, cultures, friches, landes, lisières) et des arbres pour nicher. Il évite les grandes forêts fermées et apprécie les haies arborées, les bosquets, les vieux vergers et les plantations de résineux en campagne. Il ne construit pas de nid : il occupe un ancien nid de corvidé, le plus souvent de corneille noire ou de pie bavarde. Un nid de pie abandonné au jardin peut donc servir à un couple, comme il sert aussi au faucon crécerelle.
En plaine, la reproduction commence en mars. La femelle pond en moyenne 5 œufs blancs (3 à 6), à raison d’un tous les deux jours, et couve seule dès le premier œuf pendant 26 à 28 jours. Le mâle la ravitaille. Les poussins ouvrent les yeux vers 5 jours, quittent le nid vers 3 semaines et volent bien vers 8 semaines. Le couple ne mène qu’une nichée par an.
Alimentation : un chasseur de campagnols
Le moyen-duc est un spécialiste. Les petits campagnols, en particulier le campagnol des champs, représentent plus de 90 % de ses proies, parfois près de 100 % les années de pullulation. Il complète avec des mulots, des musaraignes et, quand la neige rend les rongeurs inaccessibles, de petits oiseaux, qui restent sous les 4 % du régime. Il chasse surtout en vol lent et silencieux au ras des champs, son disque facial tourné vers le sol comme une parabole. Il repère les proies à la vue au crépuscule, puis à l’ouïe. Les restes indigestes forment des pelotes grises et ovales ; celles de l’effraie des clochers, à titre de comparaison, sont noires, rondes et lisses. Les deux espèces se séparent aussi à l’oreille : le cri de la chouette effraie est un chuintement, sans rapport avec le « hou » grave du moyen-duc.
Le hibou moyen-duc est-il rare en France ?
Non : l’espèce est classée en préoccupation mineure sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (2016) et sur la liste mondiale. Elle passe pourtant inaperçue, car elle est nocturne, silencieuse hors de la période nuptiale et très mimétique. Ses principales menaces sont la disparition des haies et des friches, qui portent les nids et abritent les rongeurs, l’extension urbaine et la circulation routière. Comme tous les rapaces de France, il est protégé : il est interdit de le capturer, de le déranger volontairement ou de détruire son nid. Pour reconnaître les autres oiseaux de votre environnement, consultez notre guide pour reconnaître les oiseaux du jardin.
Questions fréquentes
Où niche le hibou moyen-duc ?
Il niche dans un ancien nid de corneille noire ou de pie bavarde, installé dans un bosquet, une haie arborée, un vieux verger, une ripisylve ou une lisière. Il préfère les conifères ou les feuillus denses. Il accepte aussi les nids artificiels en forme de panier garni de branchettes, posés là où les vieux nids manquent.
Quelle est la différence entre un hibou moyen-duc et un grand-duc ?
La taille d’abord : 35 à 40 cm et environ 300 g pour le moyen-duc, 60 à 75 cm et 2,3 à 3 kg pour le grand-duc. Le grand-duc a des aigrettes épaisses et écartées et un chant beaucoup plus grave. Le moyen-duc vit en campagne arborée et jusque dans les villages, le grand-duc surtout près des falaises, des gorges et des carrières.
Quel est le prédateur naturel du hibou moyen-duc ?
Un moyen-duc adulte a peu de prédateurs. Les grands rapaces comme le grand-duc d’Europe et l’autour des palombes peuvent en capturer, ce qui explique sa discrétion et son camouflage au repos. Les causes de mortalité les plus fréquentes restent liées à l’homme : collisions avec les véhicules et perte d’habitat.
Le hibou moyen-duc est-il dangereux ?
Non. Il fuit l’homme ou compte sur son camouflage pour passer inaperçu. Les jeunes dérangés près du nid se gonflent et claquent du bec pour impressionner, sans attaquer. Comme pour tout rapace, ne manipulez pas un oiseau blessé à mains nues : utilisez des gants épais et contactez un centre de soins de la faune sauvage.
Quand entend-on le hibou moyen-duc la nuit ?
Le chant du mâle s’entend à la nuit tombée de la fin de l’hiver au début du printemps, surtout en mars. Les cris d’alarme suivent au printemps près du nid. En juin et juillet, ce sont les jeunes qui crient toute la nuit avec leurs grincements de balançoire rouillée. Le reste de l’année, l’espèce est quasi muette.
Sources
- Oiseaux.net : Hibou moyen-duc (voix, reproduction, alimentation)
- LPO : Hibou moyen-duc
- Natagora : Le hibou moyen-duc
- Oiseaux.net : Grand-duc d’Europe
- Oiseaux.net : Hibou des marais
- UICN France, MNHN, LPO : Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (2016)
- Xeno-canto : enregistrements de hibou moyen-duc
- Légifrance : arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés